mardi, 23 mai, 2017

Un nouvel ordre: L’absence de menace stratégique globale

LPH a interrogé le géopolitologue Fréderic Encel. En Israël, à l’occasion d’un séminaire de la Tal Business School, il dresse le tableau de la région aujourd’hui et nous donne son sentiment sur les réelles menaces qui pourraient nuire à la liberté d’Israël.

 

Le P’tit Hebdo: Vous qui ne vivez pas en Israël, comment voyez-vous l’évolution de notre pays?

Fréderic Encel: A chaque fois que je viens en Israël, je me rappelle de cette époque longue mais assez exaltante, lorsque j’ai soutenu, il y a 20 ans déjà, une thèse sur Jérusalem. Je me rends compte année après année, pour ne pas dire mois après mois, à quel point le pays bouge. Je découvre beaucoup de constructions, je constate que la vie économique et sociale est extrêmement dynamique.

 

Lph: Quels sont, d’après vous, les principaux obstacles à l’épanouissement total d’Israël aujourd’hui?

F.E.: Sur le plan de la politique internationale, notamment avec les voisins palestiniens, l’horizon d’Israël est plutôt bouché. En revanche sur le plan de la sécurité globale, sans doute jamais Israël n’a-t-il connu un tel état de grâce avec l’Egypte d’une part et la Jordanie d’autre part, qui sont littéralement alliés avec lui contre l’islamisme radical. Depuis la guerre en Somalie en 1991,  le monde arabe, en tant que tel n’existe plus. Il se fragmente. C’est exactement ce qui se passe en Syrie, c’est aussi ce qui se passe au Yémen ou même en Egypte. Dans ce pays, l’armée ne parvient même pas à faire régner l’ordre dans la péninsule du Sinaï, source de richesse immense pour le pays. Ainsi, Israël ne fait plus face à une menace stratégique globale, contrairement aux premières années de son existence et peut mener une diplomatie beaucoup plus décomplexée. En effet, les nations n’ont plus à choisir pour aller dans le sens d’un bloc arabe qui serait viscéralement et puissamment contre Israël. Ce bloc n’existe plus.

 

Sur le plan économique, la situation n’a jamais été aussi prometteuse malgré des problèmes sociaux extrêmement graves qui demeurent dans le pays. Israël est entré dans le top 20 des premières puissances économiques du monde, il est membre de l’OCDE. C’est un Etat qui pèse, pas seulement dans le Proche-Orient. Israël développe notamment beaucoup de partenariats avec les Etats-Unis, et pas uniquement sur le plan diplomatique mais aussi sur les plans commercial, technique, civil et militaire. Cette interaction très forte avec les Etats-Unis existe aussi avec l’Europe.

 

Lph: On a plutôt le sentiment que les relations entre Israël et l’Europe sont tendues.

F.E.: L’Europe orientale vote systématiquement avec Israël à l’ONU et en Europe occidentale, on a parfois des votes amicaux de l’Allemagne, du Danemark ou de l’Italie, en d’autres termes de pays qui ne sont pas des petites puissances.

A l’ONU, malgré quelques résolutions maladroites et qui n’auraient jamais dû exister, la position de la France ne cesse depuis une dizaine d’années de monter qualitativement en faveur d’Israël. Souvenons-nous des années 70 et 80, c’était encore plus sévère!

Les relations entre la France et Israël sont bonnes. Sur le plan diplomatique, il y a beaucoup de voyages de personnalités. Au niveau du renseignement, il y a une très forte coopération sur les échanges d’informations relatives au terrorisme islamiste, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années.

Je suis un chaleureux partisan du rapprochement entre la France et Israël. D’abord parce que les deux pays entretiennent une vieille relation et aussi parce qu’il y a le potentiel pour.

 

Lph: L’arrivée de Trump à la Maison Blanche aura-t-elle un impact sur le terrain: Israël aura-t-il davantage les mains libres?
F.E.: Je crois que Trump ne s’intéresse pas à ce qui se passe dans la région. Il est, dans l’absolu, peu passionné par les affaires internationales. Mais surtout une remontée de tensions entre des titans comme le Japon et la Chine; le Pakistan et l’Inde; le rapport avec la Russie au sein de l’OTAN sont bien plus importants à ses yeux. Trump dit donc ici aux belligérants de se mettre d’accord, ensuite l’Amérique les aidera. Donc, oui Israël semble plus libre avec Trump mais est-ce une bonne chose?

 

Lph: Et l’Iran? Ne fait-il pas peser une menace considérable sur l’avenir de notre Etat?

F.E.: Je suis de ceux qui considèrent que l’accord avec l’Iran du 14 juillet 2015 est un bon accord, si tant est que l’Iran le respecte. L’accord prévoit des sanctions en cas de non-respect. Depuis près de deux ans maintenant, l’Iran a testé, a jaugé mais n’a jamais franchi de ligne rouge. Sa priorité aujourd’hui c’est de nourrir sa population, de la soigner et de lui permettre de vivre dans un minimum de confort. Donc je fais le pari que l’Iran ne prendra pas de risques par rapport au nucléaire.

Ses menaces envers Israël sont, selon moi, davantage agitées comme un épouvantail. Les Iraniens ont plus à se méfier des puissances arabes sunnites et du Pakistan. Entre l’Iran et Israël, il n’y a pas réellement d’antagonismes.

 

Propos recueillis par Corinne Bodnev

Commenter avec Facebook

Ca pourrait vous intéresser

Commentaires

  • Akerman Michel

    6 avril 2017

    C’est plus que de l’optimisme Frédéric, c’est quasiment la méthode Coué : l’Iran a comme priorité de nourrir sa population, le France et Israël entretiennent une vieille relation et France ne cesse depuis une dizaine d’années de monter qualitativement en faveur d’Israël à l’ONU !
    Pendant ce temps là une représentante d’Israël n’a pu s’exprimer dans une université bretonne, alors tout va bien entre Israël et la France ? Pourquoi ne pas demander à Ayrault ou Fabius ?

    Replay
  • Charles DALGER

    6 avril 2017

    Fredéric ENCEl, cet ancien du Bné Zeev, à moins que ce fut du Tagar, incarne depuis seize ans, la « neuneutude » des « intellectuels juifs de France ».

    Michel ACKERMAN l’a bien connu alors. Il a bien résumé ce que l’on doit penser des propos d’ENCEL.

    Replay
  • Pierre LYS

    13 avril 2017

    comme d’habitude pauvrete des commentaires sur les dires de F.Encel….Par ailleurs un taux de croissance important ne profite qu’a quelques-uns comme d’hab…c’est du capitalisme normal et il ya pour eux des paradise fiscaux qu’ils utilisent facilement car ils les ont crees pour eux-memes comme a l’ordinaire….

    Replay
  • viviane rahma danan

    22 avril 2017

    comme souvent , Frédéric Encel a un parti pris d’optimisme !! pour plaire à son public ?? difficile de croire qu’un analyste aussi averti que lui , pense sérieusement ce qu’il dit ici !
    cf une réunion de la wizo o^il assurait que tout était pour le mieux ds le meilleur des mondes !que les USA ne « lâcheront jamais Israel « !!

    Replay

Laisser un commentaire

×
×