lundi, 19 février, 2018

MICHPATIM- ŒIL POUR ŒIL, UNE LOI QUI DEPASSE LES BORGNES

Pour la Torah, la justice doit être accessible et intelligible. Les juges sont investis d’une autorité qui leur vient de D. dont ils portent le nom. Leur mission est aussi sacrée dans le domaine civil, pénal et criminel que celle du prêtre dans le domaine spirituel. Voilà pourquoi le Grand Tribunal d’Israël doit siéger près de l’enceinte du Temple, jouxtant même l’autel. On parvenait à l’autel par une rampe d’accès très douce ainsi tout jugement devait être le fruit de délibérations prudentes et circonspectes. Les pierres de l’autel ont été taillées sans le recours du fer, ainsi le verdict ne devait être ni tranchant ni précipité.

Ce parallélisme entre civil et religieux, exceptionnel dans son originalité, montre la symbiose qui existe entre la vie intérieure et la vie extérieure. Le roi Salomon, dans sa grande sagesse, a matérialisé cette conception dans l’édification de son trône auquel il accédait par six marches qui portaient les inscriptions relatives aux principes de la justice et du rituel sacré ; illustrant par là même la parole prophétique « Exaltez l’Eternel par la justice et sanctifiez-le par la charité, car Il est le Père des orphelins et l’Avocat des veuves. »

La justice est une balance où les deux plateaux s’équilibrent l’un par la bonté divine et l’autre par la charité humaine. Quand l’homme sera compatissant envers l’étranger, la veuve, l’orphelin et le Lévi, alors D. le sera aussi envers le fils, la fille, le serviteur et la servante de ce même homme. Tous les actes de charité sont autant de fils patiemment tissés pour confectionner le vêtement lumineux de notre âme dans l’autre monde.

La première parole du décalogue a libéré l’homme de l’esclavage. La première parole du code hébraïque doit s’en inspirer et légiférer sur la condition de « l’esclave » dans la société juive. « L’esclave » dont parle notre paracha n’est pas un citoyen de troisième catégorie, ni un sous-homme victime de l’exploitation sauvage, mais un homme qui pour avoir commis un grave délit doit expier le préjudice par son propre labeur. La sanction qu’il purge en tant que travailleur, vise en premier lieu à amener sa réinsertion sociale dans la dignité tout en conservant sa liberté. Son acte immoral le ravale au rang d’un mineur, donc privé de certains droits rituels qui requièrent une conscience propre et lucide. Le statut de l’esclave hébreu lui confère une égalité parfaite avec son maître dans tous les domaines de la vie, sur le plan alimentaire, vestimentaire et au plan de la sécurité et de la santé. De plus, l’arrivée de la Chmita, année sabbatique, lui accorde une grâce automatique. S’il la refuse, outrageant par là-même le droit sacré de sa propre liberté, son maître, sur proposition judiciaire, lui perce l’oreille qui n’a pas voulu entendre la voix du Sinaï dans les premiers mots du décalogue. Le poinçon qui le marquera au poteau de la porte entrouverte qu’il refuse de franchir laissera une trace indélébile jusqu’à l’arrivée du jubilé, où contre son gré, il portera sa liberté comme un fardeau. C’est que la Torah a voulu éviter aux hommes qui ne présentent aucun danger pour la société de purger leur peine dans l’univers carcéral.

En vérité, qui dit « incarcération », dit « des tensions » en vase clos.

Qui dit « détention », dit « des dettes nues » et vie à découvert.

Qui dit « derrière les barreaux », dit « être grillé ».

Qui dit « captivité », dit moisir en « petite cavité ».

C’est que la prison est loin d’être une cellule familiale où l’on joue du violon. L’esclave cananéen, lui-même, pire ennemi d’Israël, jouit quasiment des mêmes droits que l’esclave hébreu. Il bénéficie en outre d’un affranchissement automatique s’il subit de la part de son maître une agression portant atteinte à l’un des organes vitaux comme l’œil et la dent. Voilà une disposition  légale qui à elle seule, rabroue les ignares, les incompétents, les malhonnêtes et les malveillants qui font remonter la loi du talion à la législation mosaïque, puisant leur référence dans un quelconque Larousse au lieu de s’informer dans les textes savants du Talmud.

« Œil pour œil », voilà une loi qui dépasse les borgnes, sous prétexte que cécité dans la loi écrite, une interprétation louche parce qu’elle ne tient pas compte de la loi orale. Celle-ci prévoit pour toute atteinte physique, brûlure, blessure, amputation d’un membre, une indemnisation financière la plus juste qui prend en considération les droits de la victime pour réparer le préjudice physique, matériel et moral. Dans une formule saisissante on peut dire que sous les lettres עין se trouvent les lettres כסף, argent qui justifie notre interprétation par un rapide clin d’œil. C’était là mon point de vue final.

 

Rav Yaakov Guedj

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Commentaire

  • LEANDRI MR

    11 février 2018

    Bonjour,
    Sauf mauvaise interprétation de ma part, il me semble que dans les textes de la THORA ÉCRITE , la loi du Talion est bien expliquée comme étant UNE LOI DE RÉPARATION et non de vengeance (voir exode Ch 22 par exemple). Réparer de la valeur de la dent ou de l’œil ! . Il en résulte que quand il n’était pas possible de réparer, c’était la mort …dur,dur! La tradition orale, ou populaire, en Occident a déformé le sens de cette loi intelligente ( au niveau de la justice et de la vie sociale)

    !

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