mercredi, 22 février, 2017

Méfait universitaire : neuf erreurs en trois pages par Daniel Pipes

Et c’est reparti ! Une fois de plus, un professeur traite du Moyen-Orient et de l’islam sans exposer correctement certaines données élémentaires.

Cette fois, il s’agit d’un certain Todd H. Green, professeur associé de religion au Luther College de Decorah, dans l’Iowa, et auteur de The Fear of Islam: An Introduction to Islamophobia in the West (Fortress Press, 2015, La peur de l’islam : une introduction à l’islamophobie en Occident). Le titre du livre en révèle le contenu : la bouillie universitaire classique présentant les islamistes comme de pauvres innocents et les critiques de l’islamisme comme de vilains et avides semeurs de haine.

Et les pires parmi ces critiques sont des « islamophobes professionnels » puisqu’il s’agit « de personnes et organisations éminentes qui étouffent délibérément la diversité des voix musulmanes et qui, en toute conscience, fabriquent et exploitent comme jamais la peur de l’islam au sein des principaux cercles politiques et médiatiques. » Ils constituent « un corps de politiciens conservateurs, d’activistes et blogueurs de droite et même de musulmans ou ex-musulmans mécontents » et ont à leur disposition « de puissantes plateformes politiques, médiatiques et éditoriales » qu’ils utilisent « pour générer et exacerber les angoisses de l’Occident face à cet ‘Autre’ musulman. » Pour couronner le tout, ils tirent un avantage pécuniaire de leur vilaine besogne (qu’on pense à tous ces chèques de 20 millions de dollars).

Todd H. Green déplore mon « impact immense sur cette désinformation que concerne l’islam et qui circule si librement sur Internet », pourtant il me prend pour un « épouvantail ». Allez comprendre !

Dans ce groupe, le professeur Green me réserve – à mon grand regret – une place d’honneur, à moi en qui il voit « l’épouvantail de l’islamophobie professionnelle aux États-Unis. » Selon lui, j’aurais, à l’instar de deux autres personnes, « un impact immense sur cette désinformation qui concerne l’islam et qui circule si librement sur Internet, dans les médias et dans les cercles politiques » (Je me demande comment un épouvantail peut avoir un impact immense).

Désinformation ? Notre cher professeur m’accuse d’y avoir recours alors qu’il ne fournit aucun élément précis à ce sujet. Qu’il me soit dès lors permis d’inverser les rôles et d’indiquer que ce monsieur est lui-même en train de déverser des monceaux de désinformation. Pour être précis, je vais me concentrer sur les trois pages qu’il me consacre dans son pamphlet qui en compte 362. Cet extrait s’avère truffé d’erreurs, plus ou moins importantes. Ainsi, Green écrit que :

  • Je détiens un doctorat (PhD) de l’Université de Princeton. Faux : il s’agit de Harvard.
  • J’ai reçu une « certaine formation universitaire en religion » Faux : Je n’ai jamais suivi de cours de religion au niveau universitaire.
  • J’ai « quitté le monde universitaire à titre définitif en 1986. » Allez raconter ça à mes étudiants de la Pepperdine University.
  • J’affirme dans mon livre Militant Islam Reaches America (L’islam militant atteint l’Amérique) que « les Américains musulmans représentent une menace sérieuse pour les États-Unis en raison de leur sympathie pour les objectifs d’Al-Qaïda. » Faux : très peu d’Américains musulmans ont soutenu le 11-Septembre.
  • J’ai « reçu du président Bush un poste à l’US Institute for Peace (Institut américain pour la Paix) malgré les nombreuses objections émises par des politiciens et des organisations. » Faux : aucune objection n’avait été émise lors de ma nomination.
  • J’ai créé Campus Watch « afin de pister les chercheurs soi-disant activistes sur les campus universitaires américains dont les opinions sur le Moyen-Orient ne correspondaient pas à la ligne néoconservatrice. » Faux : Campus Watch accepte les opinions divergentes mais plaide contre « les manquements dans le domaine de l’analyse, la confusion entre politique et recherche, l’intolérance face aux opinions alternatives, l’apologie ainsi que l’abus de pouvoir sur les étudiants. »
  • J’ai « voulu ostraciser des chercheurs qui se montraient critiques vis-à-vis de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient. » Faux : j’ai voulu informer les acteurs du monde universitaire du tour scandaleux que prenaient les études sur le Moyen-Orient.
  • J’ai éliminé les dossiers de spécialistes du Moyen-Orient particulièrement flagrants notamment en raison d’accusations « d’engagement dans le maccarthisme ». Faux : les accusations de maccarthisme ont existé avant et après ces dossiers. J’ai éliminé les huit misérables dossiers parce qu’ils ne cadraient pas avec la mission de Campus Watch.
  • Je soutiens que « parce que les musulmans à travers le monde posent une menace existentielle pour tous les autres, la peur occidentale des musulmans est tout à fait justifiée. » Faux : j’ai toujours fait la distinction entre la peur complètement justifiée envers les islamistes et la peur injustifiée envers l’ensemble des musulmans.
L’Université de Princeton, là où je n’ai pas obtenu mon doctorat (PhD).

À ce train-là – neuf erreurs factuelles en trois pages – l’ouvrage de Green devrait contenir plus d’un millier d’erreurs, illustrant ainsi la désinformation qui caractérise trop souvent le monde pseudo-universitaire américain contemporain et qui par conséquent (pour reprendre les termes de Green) « circule si librement sur Internet, dans les médias et dans les cercles politiques. »

Comment des erreurs comme celles commises par Green peuvent-elles se produire ? Comme je l’écrivais en 2008 pour le History News Network au sujet de deux autres universitaires, ce genre d’erreurs peut s’expliquer de deux façons. Ou bien

ils l’ont fait volontairement ou leur parti pris a faussé leur lecture. Je doute qu’ils l’aient fait intentionnellement car personne ne veut être pris au dépourvu et ridiculisé pour avoir fait des erreurs. Mais j’ai la sensation que, dans leur empressement à discréditer quelqu’un dont l’approche diffère de la leur, ils ont lu mon analyse à la hâte et de manière préjudiciable.

Ces derniers temps, on parle beaucoup de fausses nouvelles, les fameuses « fake news ». Pour ma part, je soutiens que la fausse recherche universitaire à la façon de Todd Green et d’autres représente une menace non moins grande pour la démocratie.

Dans le monde imaginaire de Todd H. Green, j’ai étudié à Princeton où j’ai suivi « une formation universitaire en religion » et j’ai quitté « à titre définitif » le monde universitaire en 1986.

 

http://fr.danielpipes.org/17234/mefait-universitaire

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