vendredi, 25 mai, 2018

1968-2018: Mai(s) de nos rêves que reste-t-il?

Dans le cadre de son cycle de conférences ”Pouvoirs et contre-pouvoirs”, le Campus francophone de Netanya tiendra une soirée spéciale cinquantenaire de mai 68, le dimanche 6 mai. Ce colloque est organisé par le Dr Denis Charbit, maître de conférences au département de Sociologie, Science politique et Communication à l’Université ouverte d’Israël.

 

Le P’tit Hebdo: Pourquoi est-il important de rappeler la date de mai 68 en Israël?

Dr Denis Charbit: Cette soirée est destinée à une population francophone qui soit a vécu ces événements, soit a grandi avec bien que née après. Mai 68 est un point d’ancrage pour la France mais aussi pour les Juifs plus particulièrement puisque nombre de ses leaders étaient juifs et qu’il aura nourri aussi la volonté de certains de faire leur alya. N’oublions pas que nous nous situons moins d’un an après la Guerre des Six Jours.

 

Lph: Le colloque portera donc sur l’impact de Mai 68 sur les Juifs de France?

Dr D.C.: La première partie sera sur Mai 68 avec sa face lumineuse et sa part d’ombre. Puis dans la seconde partie, nous ferons le lien avec les Juifs. Il y avait, pourrait-on dire, une surreprésentation des Juifs avec Daniel Cohn Bendit, Alain Krivine ou Alain Geismar, pour ne citer qu’eux. Puis, nous avons aussi beaucoup de Juifs parmi ceux qui ont critiqué ce mouvement, comme BHL ou Alain Finkielkraut. C’est aussi pendant les manifestations de Mai 68 que la rue non juive criait ”Nous sommes tous des Juifs allemands”. Donc on ne peut pas faire une histoire des Juifs de France sans parler de Mai 68.

 

Lph: Mis en perspective avec 2018, on a le sentiment que les Juifs sont moins révolutionnaires aujourd’hui. Est-ce en raison des positions anti-israéliennes de l’extrême-gauche qui représente cette ”révolution”?

Dr D.C.: La communauté juive s’est embourgeoisée au fil des années, et ce n’est pas une critique. Je ne pense pas que les opinions vis-à-vis d’Israël de l’extrême-gauche explique ce côté moins révolutionnaire. Ceux qui veulent rejoindre ces rangs ne se soucient pas de cela. D’une manière générale, la grande tendance des Juifs du 20e siècle a été celle d’un déplacement idéologique du laïcisme radical à une position plus ouverte sur la pratique religieuse et un retour à la foi.

 

Lph: Vous évoquerez des personnalités marquantes de la gauche française de l’époque, dont Benny Levy. Illustre-t-il ce que vous énoncez?

Dr D.C.: Benny Levy n’est pas passé de la révolution au sionisme pur et dur, il est resté en marge, il a conservé une position atypique, même une fois installé en Israël. Comme l’indique le titre de l’intervention d’Eli Schoenfeld il est passé de la gauche prolétarienne à la yeshiva lituanienne.

 

Lph: Vous avez évoqué un lien entre alya et Mai 68, lequel est-il?

Dr D.C.: Mai 68 incarne l’idée d’un ailleurs, d’un autre horizon, notions qui se retrouvent dans l’alya. Tout comme dans ce mouvement, il y a dans l’alya, une dimension d’utopie, d’ouvrir une nouvelle page de sa vie. De ce point de vue, il est possible de voir une influence de Mai 68 sur l’alya des Juifs de France et pour le moins d’établir un parallèle au niveau des notions qui sous-tendent les deux démarches.

 

Colloque le Dimanche 6 mai, 18h, Campus Francophone de Netanya

098607898-098607417- [email protected]

Crédit photo: Sébastien Leban

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