mercredi, 22 février, 2017

Violences en banlieue, affaire Théo et retour de la «haine anti-flics» Gilles-William Goldnadel

Plusieurs banlieues font l’objet de violences après le viol présumé de Théo, blessé lors d’un contrôle de police. Pour Gilles-William Goldnadel, alors que les policiers étaient célébrés après Charlie Hebdo, une certaine France antiraciste retrouve le réflexe de la haine «anti-flics».

 

Gilles-William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l’association France-Israël. Toutes les semaines, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.

 

Le simplisme n’est pas la simplicité et il ajoute bien des tourments à notre époque compliquée.

 

Par un étrange paradoxe, la gauche xénophile, autrefois adepte avec Edgar Morin de la pensée complexe verse son huile frelatée simpliste sur le feu des passions compliquées.

 

Samedi soir, évidemment sur le service public, une chanteuse musicalement victorieuse, sur fond de rap, invectivait la police au nom de Théo et d’Adama. La foule bigarrée applaudissait tandis que dans leurs foyers, d’autres Français se taisaient.

 

Et si on allait un peu moins vite que la musique scandée ?

 

Retour sur un scandale policier. Lundi matin le 6, je participais aux Grandes Gueules de RMC. Interrogé sur cette affaire d’Aulnay-sous-Bois qui venait d’éclater la veille, je me contentais, dans la difficulté inhérente à l’émotion cacophonique, d’énoncer mes deux vérités:

 

● Rien ni personne ne m’obligera, concernant un dossier que je ne connais pas, à rendre un pré-jugement.

 

● À supposer même que le policier mis en cause pour viol soit coupable, rien ne justifie le procès général déjà diligenté contre la police française.

Une semaine plus tard, je ne regrette pas ces deux affirmations qui ne me firent pas, on s’en doute, que des amis radiophoniques.

 

Sur le premier point, le rapport de la police des polices concluant à la thèse accidentelle rend forcément plus complexe un dossier simplement accablant, dès lors où l’imagination reste à la peine pour expliquer fortuitement l’introduction profonde mais involontaire d’une matraque dans un anus récalcitrant. Il n’en demeure pas moins que le réflexe professionnel m’incite derechef à la prudence concernant un dossier que je ne connais pas.

 

S’ajoute à ma perplexité la personnalité de Théo décrit unanimement, en ce compris par mon ami Bruno Beschizza, maire d’Aulnay-sous-Bois et ancien syndicaliste policier, comme un excellent garçon. Raison pourquoi, je ne suis pas sûr qu’associer son cas à celui d’Adama Traoré soit lui rendre grand service. Concourt également à mon sentiment favorable, le comportement exemplaire du frère de Théo, Michael, qui, tout au long de la semaine, aura fait de son mieux pour exhorter les esprits au calme et à la patience, dans l’attente des résultats de l’enquête judiciaire. Pas exactement le même comportement que la famille Traoré.

 

Ceci fermement posé, le contexte médiatique et politique de l’affaire est un drame pour une justice qui requiert avant tout la sérénité.

Dès le soir de l’éventuel dérapage policier, médias et politiques avaient anticipé la probabilité de débordements violents.

 

La pathologie socio-politique française est tellement profonde qu’alors que les assassinats les plus terribles et les plus avérés (affaire Halimi, ressortissant chinois battu à mort, policiers brûlés vifs etc.) ne donnent lieu à aucune exaction, la survenance d’un incident dramatique mettant en cause un policier dans les quartiers à forte implantation immigrée aboutit nécessairement à un déchaînement de destructions et de violences .

 

Cette situation conduit à un injuste paradoxe que je voudrais illustrer d’un exemple personnel. Je défends un jeune homme d’origine arabe qui, selon ma thèse, a été agressé au sortir d’une boîte de nuit et sans aucune raison par plusieurs policiers de la BAC dans le huitième arrondissement de Paris. Matraqué sauvagement, il est resté dans le coma entre la vie et la mort pendant plusieurs jours. Ce garçon est un modèle d’intégration réussie (il est triste à beaucoup d’égards de devoir le préciser ici). De nombreux témoignages venant de personnes qui ne le connaissent pas attestent du caractère invraisemblable de l’agression. Le parquet s’en moque. L’IGPN ne se mouille pas et le juge a d’autres choses à faire. Et pour cause, aucun risque de débordements dans le huitième arrondissement. J’affirme que si la même affaire ou une affaire bien moins limpide s’était déroulée à Aulnay, Clichy ou Fontenay sous bois, les policiers auraient été mis en cause autrement plus rapidement.

 

L’avocat que je suis incline à la prudence, car l’aveuglement des flash est l’exact contraire de la lumière judiciaire nécessaire.

On voudra bien se souvenir que lors du drame survenu à Ziad et Bounia, on expliqua que c’est par cynisme volontaire que des policiers sans doute racistes laissèrent les deux adolescents s’aventurer dans un transformateur électrique. Dix ans plus tard et après un calvaire judiciaire fortement médiatisé, les deux policiers ne furent même pas convaincus de mise en danger d’autrui.

 

Dans la douloureuse affaire d’Aulnay, je ne suis sûr de rien et certainement pas de l’innocence ou de la culpabilité des policiers.

 

Cela tombe très bien , ce n’est pas à moi de juger.

 

Mais en revanche, je suis certain de ce qui vient: Quand bien même le policier mis en cause serait un violeur avéré, que son crime ne saurait rejaillir sur l’ensemble de la police française, largement exemplaire.

 

Dans les quartiers, ce sont les policiers et non les «jeunes» qui sont lapidés. Ce sont eux le gibier.

 

Le dérapage éventuel d’un individu est tristement normal et humain. L’anormalité serait que tous les policiers soient parfaits. Je ne connais pas de corps de métiers qui le soit. Il en va également ainsi des pompiers, des plombiers, des journalistes, des magistrats… et même des avocats. L’anormalité serait que l’éventuelle faute ne soit pas sanctionnée. Généraliser à toute la profession l’éventuel crime d’un seul ou de quelques-uns est consubstantiel au racisme.

 

Lorsque SOS-Racisme, d’ores et déjà et sans savoir, s’en mêle, et décrète définitivement que Théo serait victime du racisme, il ajoute à la haine par préjugés. Le simplisme de l’antiracisme est le pire des racismes.

 

La France simpliste est schizophrénique. Hier, elle était Charlie. Elle aimait toute la police. Un flic mort était un bon flic. Aujourd’hui, toute la police est raciste: Un bon flic est un flic mort. Et Charlie est mort aussi.

 

Dans cette complexité inhérente à l’humaine réalité, je ne suis sûr de rien, mais simplement de cela: la généralisation d’une éventuelle faute individuelle, la victimisation systématique de certaines populations immigrées, la compréhension de cette colère victimaire tant violente qu’elle manque de brûler vive une enfant, sont les arbres tordus porteurs des fruits amers dont la France se meurt.

 

PS: Courrier personnel: C’est aux Victoires de la Musique diffusée par France 2 que la propagande victimaire a encore sévi. Samedi soir, sur la même chaîne, les incidents de Bobigny n’étaient relatés que de manière incidente en quatrième sujet après le carnaval de Nice. Le lendemain dimanche matin, France Inter, dans son bulletin principal d’information de 9 heures, ne faisait aucune allusion au véhicule brûlé dans lequel se trouvait une fillette… Voilà qui, de plus fort, ne me fait pas regretter d’avoir participé à la rédaction de cette pétition pour le respect du pluralisme et de la neutralité au sein du service public audiovisuel. Plusieurs médias (Valeurs Actuelles, Causeur, Boulevard Voltaire, Dreuz, Ojim, Contribuables Associés etc.) ont invité leurs lecteurs et contributeurs obligés de la redevance à la signer sur Change.org. Je persiste et j’ai signé.

 

Paru dans FIGAROVOX – lefigaro.fr http://www.lefigaro.fr/vox/

 

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/02/13/31003-20170213ARTFIG00154-violences-en-banlieue-affaire-theoet-retour-de-la-haine-anti-flics.php

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