lundi, 21 août, 2017

VAETHANAN – « Ecoute Israël: pour le comprendre il faut un schéma »

« Comprends Israël que l’éternel notre D. est éternel et un ».

Notre tradition a retenu la puissante concision de ces quelques mots pour en faire le credo fondamental du judaïsme. L’intelligence doit s’exercer à méditer sur l’existence, l’éternité et l’unité de D. Ce fondement théologique est la base même de toutes nos croyances et exprime l’essentiel de notre foi jusqu’au dernier souffle de notre vie.

Dans la joie des retrouvailles avec Joseph, le patriarche Yaacov surmonte son émotion personnelle en la sublimant par la récitation du Chéma. Sur son lit de mort, Yaacov parvient à réunir ses enfants sous l’égide de la doctrine monothéiste.

Plus tard, Rabbi Akiva l’un de nos plus grands martyrs rendra l’âme emportée par le mot אחד éhad. Devant les portes de la mort, on peut surtout et encore sanctifier le nom de D.

Nous sommes chargés d’apporter ce témoignage en toute circonstance, le ע  aïn de chema et le ד daleth de ehad sautent aux yeux par leur grandeur pour constituer le mot ed – témoin. C’est en le proclamant quotidiennement que l’unité divine devient une évidence existentielle. C’est un crédit que D. nous reconnaît en nous accordant la suprême distinction de notre propre unité sur terre. A sa manière, D. récite son chéma: « qui est comme mon peuple Israël peuple unique sur terre. »

C’est sur le plan intellectuel et éthique que l’on doit saisir le monothéisme.

  1. est un comme pas un; c’est une unité qui n’appartient pas au nombre; elle est dans la pénombre des mathématiques les plus pures. Elle désigne le seul être qui compte sans pouvoir être compté, elle dit de D. qu’il n’est semblable qu’à lui même et que toute référence ne remonte qu’a lui. S’il n’en reste qu’un ce sera toujours lui. Souhaiter qu’il n’en soit point deux comme lui n’est pas un sacrilège mais une déclaration d’amour.

« Écoute Israël »: est sourd celui qui ne veut pas entendre que c’est dans cette déclaration que nous aspirons à tendre vers le concept de l’infini pour former un beau duo avec le D. de l’éternité. Cet infini indéfini donne le vertige à l’imagination parce que l’infini vient toujours derrière ce qui est après. Dire de lui qu’il est le premier et le dernier  perturbe quelque peu notre raison car l’infini ne connaît ni l’origine ni l’objectif. Alors l’esprit lance un S.O.S au cœur et implore son amour.

« Tu aimeras l’Eternel ton D. d’un cœur tout entier, de toute ton existence et de toute la mesure de tes moyens. »

C’est l’amour qui élargit les limites de notre entendement. Il nous élève jusqu’au monde de la sereine unité de l’être où toutes nos contradictions font finalement la paix. Le monde du chéma nous ouvre les portes de la création  au moment où la matière était pure dans la simplicité passant du virtuel au réel, du potentiel à l’acte, de l’inné à l’acquis, de la tension à l’extension, de l’intuition à la réalisation. Aimer D. de tout mon cœur, quel pari difficile. Mon cœur est un véritable champ de bataille lorsqu’il balance entre les deux penchants qui s’affrontent au cœur du fléau. Le penchant du bien est optimal quand le penchant du mal se sent malheureux, alors il est furie bon. Il s’est donné bien du mal à le ranger dans la norme des biens penchants.  Lorsque les deux penchants s’épanchent l’un sur l’autre peu importe si l’on tombe du côté où l’on penche puisque le mal est heureux d’être au plus mal. C’est le combat des deux beth dans le mot ,לבבך levav’ha, où la vertu puise dans le vice ses plus belles qualités comme le zèle, l’ardeur et l’enthousiasme et vice-versa. Aimer D. de tout son cœur, c’est quand ton entourage l’aime à travers toi, c’est dire aux jours heureux: « bénie soit la source du bien » et aux moments tristes: « béni soit le Juge de vérité ». C’est l’aimer dans la même journée qu’il fasse nuit ou jour comme il est dit: « ce fut soir ce fut matin jour un ». C’est sanctifier son nom tel qu’il s’écrit et tel qu’il se lit pour qu’un jour la lecture épouse l’écriture dans le rapprochement des lèvres parlant aux yeux de l’âme.

Faire bonne mesure avec nos moyens matériels car l’argent est un bon serviteur et un mauvais maître. L’argent est parfois le D. des avares lorsque donner aux pauvres c’est prêter à D.

Tu aimeras en hébreu –véahavta ואהבת c’est la permutation de haavot האבות –les patriarches.

De tout ton cœur – « c’est Avraham mon bien-aimé ».

De toute ton âme –  « c’est Itshak sur l’autel des sacrifices ».

De tous tes moyens –  « c’est Yaacov qui m’a donné la dîme ».

Attacher toutes ces paroles sur ton bras, c’est avoir le cœur sur la main.

 

Rav Yaakov Guedj

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