mercredi, 15 août, 2018

Une sortie pour des êtres emmurés par Rony Akrich

La sortie d’Egypte, printemps de la liberté pour Israël, sert de paradigme à tous ceux épris d’indépendance et de souveraineté parmi les nations.

L’épisode si contemporain de l’Exodus nous permet de mesurer une similitude sérieuse et proche avec le récit biblique, il suffit pour cela de considérer raisonnablement non seulement les causes menaçantes mais tout autant les conséquences salvatrices.

Si, dans le détail de leur pérégrinations, le chemin ne manqua pas d’obstacles et d’embuches, l’objectif fut, néanmoins, atteint et ce, malgré une guerre d’indépendance qui les guettait aux portes de la terre tant espérée.

En dépit de leur faiblesse et de leur aveuglement, les communautés juives européennes, divisées déjà bien avant-guerre entre une assimilation tapageuse et une orthodoxie religieuse totalement décalée, se rejoignaient sur un point: le refus morbide pour tout ‘Retour’!

 

Seulement voilà, c’était sans compter l’Eternel Dieu d’Israël qui avait plus d’un tour dans Son sac. Il allait, tenez-vous bien, soutenir la plus grande des révolutions « sionistes et religieuses » depuis la sortie d’Egypte. Le rassemblement des exilés commençait pour ne plus jamais s’arrêter, mieux, on découvrait peu à peu des pans entiers des tribus disparues aux quatre coins de la planète.

 

La terre avait même donné des signes avant-coureurs d’une totale adhésion au processus engagé, elle décidait, sans demander l’avis d’aucun rabbin, d’offrir ses fruits avec abondance. Un pouvoir politique, législatif et juridique prenait place au sein du tout nouvel Etat qui grâce à son autonomie et son autorité retrouvées pouvait enfin servir la nation renaissante. L’ensemble des services de sécurité et de défense d’Israël s’engageait dans une lutte sans merci contre tous les ennemis du peuple, ils garantissaient ce que les pauvres petits Juifs exiliques avaient toujours attendu: une assurance, une espérance pour demain! Le ‘Retour à Sion’ est une nouvelle traversée de la ‘mer des joncs’ (mer rouge), hier comme aujourd’hui seul l’homme est interpellé, à lui de se mobiliser et d’accepter de se mouiller dans sa propre histoire et son propre futur. L’enseignement en est d’une simplicité biblique, si les Juifs décidaient de saisir les opportunités fomentées par le Créateur et s’engageaient, avec foi et conviction, à prendre la responsabilité de leur devenir,  l’aventure d’Israël deviendrait soudain toute autre.

 

« C’est le rôle des hommes libres d’œuvrer à leur propre délivrance ainsi qu’à celle du monde entier, ils doivent abolir la souffrance du joug mauvais, d’une volonté qui reste aveugle et désordonnée, (tout en sachant que) même cette volonté, mauvaise sous bien des aspects, peut constituer une aide précieuse car elle vient de la source de vie, de la vie du tout. » (Rav Abraham Itshaq haCohen Kook  ‘8 kvatsim’, kovets 4, 124)

 

Ce passage me parait être en très nette contradiction avec une certaine croyance religieuse cherchant à annihiler puis effacer toute trace de responsabilité collective chez l’homme. L’exil fut conséquent de nos fautes et autres multiples erreurs perpétrées essentiellement par une déficience de l’ordre moral où justement la responsabilité de tous et du tout de l’existence était totalement absente.

 

Le culte judaïque assenait une malheureuse propagande: seuls les remords de l’individu, le véritable repentir de la personne et la stricte observance des commandements divins par le particulier serviront de condition sine qua non pour mettre fin à l’exil. La même orthodoxie religieuse assurait encore, sans aucune remise en cause et question face à la réalité probante, que ‘l’unique’ grâce et miséricorde Divine nous sauverait des ‘méchants’.  Il est vrai, et nous devons constamment le rappeler, le Judaïsme religieux traditionnel  permit non seulement la préservation mais surtout la survivance des communautés juives à travers une Histoire dramatique et sanguinolente. Leurs conditions de vie déplorables, dépourvues très longtemps d’un statut noble et honorable, trouvèrent un certain réconfort auprès de l’intime conviction d’être le peuple élu de Dieu et que ce Dernier jamais ne pourrait abandonner définitivement ses enfants, Israël.

 

Les premiers sionistes, eux, rejetèrent  totalement cette approche de l’histoire ‘juive’ où le seul et inévitable espoir de l’homme serait Dieu et uniquement Dieu. Une jeunesse révoltée, se voulant innovante face au problème juif en Europe, mais qui jamais ne refusa l’héritage d’Israël dans sa totalité. Elle considérait le texte Biblique avec respect non seulement comme le plus grand trésor littéraire de la langue hébraïque revivifiée, mais aussi comme une source primordiale des valeurs morales et éthiques conduisant les Juifs vers une reconstruction de leur ancienne ‘Matrie’. Les pionniers représentaient un large éventail de croyances politiques, théologiques, philosophiques et spirituelles, depuis le socialisme marxiste jusqu’au nationalisme de Jabotinsky, de l’athéisme militant au messianisme religieux.

 

Si l’on soustrait les leurres apparents de leur sentimentalité traditionnelle ressentie à travers l’émotion contenue dans les coutumes juives, on remarque surtout une préoccupation pour la survie du peuple et un engagement envers l’État d’Israël qui deviennent des substituts du Judaïsme traditionnel. Les pensionnaires du sionisme classique avaient repoussé la vision traditionnelle selon laquelle l’alliance avec Dieu au Sinaï était constitutive de l’entendement du ‘moi’ juif. Pour beaucoup d’entre eux, une réelle solidarité avec le destin historico-religieux de la nation était certes nécessaire à toute affirmation identitaire, mais il fallait maintenant savoir redécouvrir le véritable Israël.

 

Le Judaïsme en exil joua, bien évidemment, un rôle déterminant dans la préservation et la survie des communautés juives, il évita une totale dévastation par assimilation. Seulement voilà, la toute nouvelle reconnaissance du pouvoir être et redevenir un peuple authentique, c’est-à-dire d’aspirer  à restaurer notre histoire, notre langue, notre culture et notre terre entraina une prise de conscience nationale, jamais vue ni entendue. Le sionisme devint l’instrument ontologique le plus diligent pour autoriser au destin- vocation de ce peuple, un devenir au long cours de son histoire renaissante. Au sein de ce paysage idyllique du retour, le bât blesse quelquefois autour de groupuscules anarchistes, gauchistes délirants et d’une ultra orthodoxie antisioniste comme anti-hébraïque, dont certains peuvent  par ailleurs s’interroger sur l’origine avérée de ces éclopés du savoir.

A l’encontre de ces extrêmes mal embouchés, le peuple d’Israël, accompagné et soutenu par les Juifs du monde entier d’une part et par nombre d’autres peuples d’autre part, s’octroie et se donne un nouveau statut identitaire, celui de Nation. L’identité nationale israélienne, tente, dès ses débuts, de se forger, à travers sa toute nouvelle histoire sioniste, son folklore, sa langue hébraïque, sa culture israélienne, sa géographie israélienne et son archéologie, un mode de vie consécutif, consacré aussi à réhabiliter Dieu, la Torah et les enseignements juifs classiques. En outre,  l’indépendance politique comme la souveraineté juive génère une mutation spirituelle, l’affirmation de soi et l’autonomie, concepts méconnus par un judaïsme aliéné dans et par les carcans de l’exil. La communauté juive diasporique jure au milieu de la nation hébraïque en marche, celle-ci est très nettement à l’opposé des attitudes passives et victimaires traditionnelles.   A suivre bien sur………

 

 

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