lundi, 29 mai, 2017

Se souvenir toujours: Yonathan, Arié, Gabriel, Myriam, H’yd

Le 19 mars 2012, 25 adar 5772, pour la première fois depuis la Shoah, des enfants juifs étaient tués en France, parce qu’ils étaient juifs… Devant leur école, Ozar Hatorah de Toulouse, Arié et Gabriel, avec leur père le Rav Yonathan Sandler et Myriam Monsonégo étaient victimes du terrorisme le plus violent. Les visages de ces anges sont depuis dans nos mémoires. Pour leur famille, la plaie reste ouverte, impossible à soigner. Cinq ans après, à l’occasion de la hazkara de ces âmes pures, LPH s’est entretenu avec Orli, la sœur d’Eva Sandler.

 

Le P’tit Hebdo: Comment vous sentez-vous cinq ans après l’attentat?

Orli: On pourrait penser, comme le dit parfois M, Sandler que le temps fait son travail. Ce n’est vrai qu’en partie. En fait, nous pensons tout le temps à eux, chaque année on se dit:  »ils auraient tel âge… », on pense qu’Arié approcherait maintenant de la bar-mitsva… Hachem nous donne la force pour continuer à vivre mais la douleur et le manque sont toujours là. Dans quelques heures, je prendrai l’avion pour me rendre en Israël pour la hazkara. Chaque année, je revis ce voyage qui a suivi l’attentat, c’est toujours le même sentiment de chagrin immense.

 

Lph: M. Sandler, le père de Yonathan ainsi qu’Eva, insistent toujours pour que l’on se souvienne du nom des victimes. Avez-vous le sentiment que le temps fait qu’ils sont peu à peu oubliés?

Orli: Oui, c’est l’une des pires choses. J’ai mal quand je vois que chaque année, ou à chaque occasion, c’est le nom de l’assassin qui fait les gros titres, y compris dans certains medias communautaires. Ce n’est pas de lui dont nous devons nous souvenir mais bien de ses victimes.

Le plus grave est d’en oublier les victimes, cela revient à les tuer une seconde fois, comme le disait si justement Elie Wiesel.

 

Lph: C’est une des raisons pour lesquelles le Beth Sandler a été fondé?

Orli: Le Beth Sandler est notre consolation, à plusieurs niveaux. D’abord, effectivement parce qu’il rappelle le nom des victimes. Ensuite parce qu’à travers l’étude qui y est faite au quotidien alors c’est comme s’ils étaient encore avec nous. Et pour Liora, qui était un petit bébé au moment de l’attentat, cela représentera quelque chose de très important, quand elle grandira et qu’elle comprendra.

Grâce aux dons des gens qui font que ce Kollel peut fonctionner, que les enfants peuvent y étudier des michnayot ou lire des tehilim, on agit contre l’oubli. Quand on voit la salle remplie pour le gala, je suis à chaque fois émue. Je dis toujours à ma sœur de regarder ce qui a été créé autour d’elle: c’est grand, c’est beau, c’est une consolation.

 

Lph: Quelques années après l’attentat d’Ozar Hatorah, la France a été frappée par des attentats de masse. Vous sentez-vous moins seuls dans votre douleur?

Orli: A chaque fois, je ramène les évènements à notre douleur, à celle d’Eva. Avant l’attentat qui a coûté la vie à mes neveux, mon beau-frère et la petite Myriam, je pensais que nous étions intouchables. On entend des drames et on se dit que cela n’arrive qu’aux autres. Soudain, en une seconde, notre famille a été frappée terriblement: trois membres nous ont été arrachés! J’ai réalisé que cela pouvait arriver à n’importe qui. Aujourd’hui on a plus peur et je pense que les Français, dans leur majorité, ont compris aussi que personne n’est à l’abri.

 

Lph: Votre quotidien a-t-il changé depuis l’assassinat de vos neveux et de votre beau-frère?

Orli: Oui. Nous avons vécu un traumatisme qui demeure et qui s’est même transmis à l’enfant que je portais au moment de l’attentat. Tous les jours avant de dormir, je pense aux enfants d’Eva. Mes enfants chantent tous les soirs la chanson que les enfants d’Eva chantaient avant de dormir. Moi qui ne suis pas du tout une mère poule, j’ai maintenant peur pour mes enfants. Je dis à mon mari de ne pas les laisser trainer devant l’école, dès que j’entends un scooter je sursaute. Je suis devenue plus protectrice et peut-être aussi plus souple: je me fâche moins avec mes enfants, à quoi bon s’attarder sur des petites contrariétés alors que l’on a la chance de les avoir avec nous, en bonne santé. J’ai peur, je lève les yeux au ciel, tout le temps. Je supplie Hachem de ne plus nous envoyer d’épreuves, de nous garder nos enfants.

 

www.beithsandler.com

 

Propos recueillis par Guitel Ben-Ishay

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