mercredi, 22 février, 2017

Saint-Mandé : deux ans après l’Hyper Cacher, des familles juives ont préféré partir

Partir ou rester ? Deux ans après l’attaque terroriste de l’Hyper Cacher, qui s’est déroulé à quelques centaines de mètres de chez eux, ils sont nombreux, parmi les membres de la communauté juive de Saint-Mandé (Val-de-Marne), à se poser la question. «Certains de nos compatriotes ont été très meurtris d’être attaqués dans leur ville et dans leur commerce, confirme le maire (LR), Patrick Beaudouin. Et quelques-uns ont en effet jugé utile de s’éloigner, ce que nous comprenons et respectons. Mais d’autres sont également arrivés, depuis ces événements terribles.»

Quitter Saint-Mandé, David l’envisage sérieusement. «Tout le monde y pense, martèle-t-il avec force. Et beaucoup ont déjà franchi le pas, et sont partis en Israël, aux États-Unis ou au Canada.» Pour ce retraité de 72 ans, ce sera l’alya* ou rien. «Ailleurs, ce serait reculer pour mieux sauter. J’étais à l’Hyper Cacher le 9 janvier 2015, raconte-t-il. J’en suis parti une demi-heure avant l’attaque. Ces gens sont morts en faisant leurs courses, comment peut-on comprendre de telles choses ? Et ce n’est pas fini, ce n’est que le début.»

La question du départ, Patrick**, lui, y a répondu par un non catégorique. «Bien sûr que nous sommes inquiets, car les actes violents s’accélèrent à travers le monde, mais la peur ne nous fera pas partir, assure-t-il. Nos parents, nos grands-parents l’ont fait. Pas nous.» Laurent, ingénieur commercial, voit pour sa part dans le fait de rester à Saint-Mandé un acte de résistance. «Je ne partirai pas, car il n’y a aucune raison pour que je fuie mon pays, ce serait laisser la victoire aux terroristes, s’indigne-t-il. Je comprends ceux qui font le choix de quitter Saint-Mandé, mais pour moi, les attentats ne sont pas directement liés à la confession juive, c’est un mouvement global.»

«Notre rôle est de ne pas oublier, et de réveiller les consciences, résume Hay Krief, grand rabbin de Vincennes et Saint-Mandé. Le devoir de mémoire est inscrit dans la réalité de la communauté juive, mais c’est en tant que Français que nous avons été touchés. Au même titre que les autres.»

* Terme hébreu signifiant « ascension » ou « élévation spirituelle », et désignant le fait d’émigrer en Israël.**Le prénom a été changé à la demande de l’intéressé.

Recueillement et émotion, au Jardin de la paix

LP/M.-C.D.L’an dernier, cinq oliviers, symbolisant les victimes de l’attaque de l’Hyper Cacher, y avaient été plantés. Ce dimanche matin, à 11 heures, une cérémonie du souvenir s’est tenue devant le Jardin de la paix de Saint-Mandé, à l’initiative de la mairie, et en présence de représentants de la communauté juive, de l’Etat d’Israël, et de nombreux citoyens. «Il s’agit pour nous de rendre hommage à ceux qui ont souffert, et qui continuent de souffrir, mais aussi de rappeler nos valeurs, plus importantes que la folie meurtrière de quelques-uns», explique Patrick Beaudouin, maire (LR) de la ville.

Sophie*, 10 ans, a assisté à la cérémonie avec ses parents. Lorsqu’on lui demande comment elle se sent, elle s’agace : «Ben mal, évidemment !». Avant de se reprendre : «Mais c’est important qu’on organise des moments, comme ça». Emma, 8 ans, se dit quant à elle émue. «Des méchants ont tué des gens, pour faire peur à tout le monde, analyse-t-elle. C’était triste, on aurait dit un enterrement, mais c’est bien de se rappeler de ce qui s’est passé.» Son père, Laurent, partage son ressenti. «Il faut perpétuer la mémoire des victimes de la barbarie, insiste-t-il. Je suis de confession juive, mais même si cela n’avait pas été le cas, je serais venu. Pour l’unité républicaine.»

*Le prénom a été modifié.

  leparisien.fr

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