samedi, 25 novembre, 2017

Et quand le Rav répond: la crise d’adolescence

Question :

Cher Rav, le comportement de notre fils, Bar Mitsva depuis peu, nous pose problème. Alors qu’il a toujours été studieux en classe, remarquablement obéissant à la maison et respectueux des règles qui y sont en vigueur, en un mot un enfant modèle, nous le découvrons à présent sous un jour totalement différent: indiscipline caractérisée tout aussi bien à l’égard de ses professeurs qu’à notre égard, désaccord de principe à tout propos, et opposition systématique à toute proposition venant de notre part. Mon épouse et moi-même nous sentons désarmés et aimerions avoir votre point de vue à ce sujet.

 

Réponse:

Il vous faut savoir que le problème auquel vous vous trouvez confrontés est celui de tout parent dont les enfants atteignent cet âge complexe, celui de l’adolescence. Mon intention n’est pas ici de vous donner des conseils pratiques ou de vous proposer des recettes toutes faites. Mais tout d’abord de vous faire prendre conscience du fait que si voulez aider votre enfant dans cette phase aussi délicate pour lui que pour vous, il vous faut absolument parvenir à comprendre ce qui se passe dans la tête d’un enfant de cet âge. Je suis convaincu que ceci est la clé permettant de résoudre l’essentiel du problème. Ne pas faire cet effort de compréhension ne pourrait que l’aggraver.

Vous devez aussi savoir que cette phase de passage que constitue l’adolescence est non seulement inéluctable mais aussi bénéfique pour le jeune et contribue grandement à l’épanouissement de sa personnalité en gestation.

Je vous invite à présent à vous lancer dans cette aventure consistant à comprendre ce qui se trame dans la tête d’un jeune de cet âge.

Lorsqu’il parvient à l’âge de 13-15 ans, ce jeune a le sentiment de quitter lentement, mais sans retour possible, le monde de l’enfance pour se diriger vers le monde inconnu qu’est celui de l’âge adulte. Dans cet entre-deux déstabilisant, il est en quête d’identité. Il souhaite pouvoir se débarrasser des modèles qui jusqu’à présent lui avaient été imposés pour s’en forger d’autres, plus conformes, pense-t-il à ce qu’est sa « vraie » personnalité, et prendre lui-même les décisions le concernant. Cette quête d’identité permanente, qui est aussi une quête de bonheur, sera le plus souvent tâtonnante. Il empruntera un premier chemin, puis un autre, puis un autre encore, pour parfois revenir vers le chemin dans lequel ses parents l’avaient éduqué. A la différence près, que cette fois, c’est lui qui, librement, l’aura choisi.

Cette quête identitaire peut s’exprimer dans tous les domaines : sa tenue vestimentaire, son intérêt pour telle ou telle mode, son désir de débattre autour de sujets auxquels il était jusque-là indifférent, une vision se voulant originale de la Torah et des Mitsvot, etc. Il est important de noter qu’en l’absence de cette quête identitaire, l’enfant ne serait que la copie conforme de ses parents, ce qui serait bien évidemment une grande perte, car ce serait renoncer à l’originalité propre à chaque être humain créé par D.

Il est d’ailleurs intéressant de  remarquer que les adultes ayant, par le passé, traversé sans trop de remous leur crise d’adolescence présentent souvent des problèmes de comportement, se montrent craintifs, facilement intimidables, et manquant du sens de l’initiative et de l’entreprise.

Lorsque les parents ont compris ce qui se passe dans le for intérieur de leur enfant, ils sont alors en mesure de « supporter » ses sautes d’humeur, son incessant comportement oppositionnel, et finissent par accepter le fait que leur enfant soit différent d’eux.

Si les parents ont l’intelligence de se mettre un peu en retrait en cessant de vouloir imposer à toute force à leur enfant leurs idées, leurs principes et leur idéologie, lui permettant ainsi de s’épanouir entouré de leur amour, cette crise sera de courte de durée et s’avèrera au final avoir été positive. Si les parents, par contre, font le choix de la « guerre » permanente, leur enfant risque fort de s’écarter d’eux, souvent hélas! de manière irréversible, ayant le sentiment d’avoir été en la circonstance abandonné par eux.

C’est pourquoi je vous invite à vous armer de patience et d’indulgence, et à cesser de tout vouloir lui imposer. Laissez-le se découvrir peu à peu et enveloppez-le d’affection. Se sentant aimé, il sortira, avec l’aide de D., grandi de cette période aussi difficile que cruciale.

 

Rav Azriel Cohen-Arazi

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