lundi, 21 août, 2017

La propagande nazie en questions

Paris Rendez-Vous accueille depuis le 27 janvier « Le pouvoir de la propagande nazie: un État trompeur », une expo organisée à l’occasion de la Journée internationale en mémoire des génocides, et de la prévention des crimes contre l’Humanité. Un événement pas des plus drolatiques, évidemment, mais que vous auriez tort de manquer.
The book cover of State of Deception: The Power of Nazi Propaganda

À une époque que nous qualifierons de « troublée »‘, où l’Autre fait figure de bouc-émissaire désigné, et où les discours populistes rencontrent de plus en plus d’écho, il est salutaire de remonter un peu dans le passé, et de démonter les mécanismes de propagande du régime nazi. C’est ce que tente de faire cette exposition itinérante, créée par le musée du Mémorial de l’Holocauste des États-Unis, et accueillie jusqu’au 25 février à l’Hôtel de Ville de Paris.

Composée de panneaux explicatifs illustrés et de vidéos, l’expo montre de façon simple et didactique les ressorts de l’endoctrinement du peuple allemand, avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.

L’ascension d’Hitler

La première partie de l’expo retrace la façon dont Hitler a accédé au pouvoir. entre 1918 et 1933. et notamment comment il a pu profiter de la Grande Dépression de 1929. En des temps de difficultés économiques et d’instabilité politique. le Parti national-socialiste a su utiliser la peur de l’appauvrissement, mais aussi du communisme révolutionnaire, pour cibler les publics les plus réceptifs à ses campagnes électorales. Il martèle des messages simples et concrets, surfant sur les espoirs comme sur les peurs des citoyens. Vecteur indispensable de la propagande, la création d’un signe distinctif, la bannière nazie, ornée du tristement célèbre swastika. L’antisémitisme virulent d’Hitler n’est pas encore un facteur déterminant d’adhésion, mais ses partisans s’en accommodent le plus souvent.

Affiche de propagande nazie

La Dictature et la guerre

Hitler devient le chef du gouvernement -le Chancelier- le 30 janvier 1933. En moins de six mois, la démocratie allemande est détruite. Le régime nazi intimide, brutalise et persécute les opposants politiques. Les droits civils fondamentaux sont suspendus, et les politiques anti-juives immédiatement appliquées. Avec l’interdiction de tous les autres partis politiques, le Parti nazi n’a plus besoin de participer à des élections. Les propagandistes du régime s’attachent alors à créer un consensus national autour des politiques intérieure et étrangère menées par Hitler. Le Parti nazi déploie de nouvelles armes de propagande: le contrôle des médias lui permet de diffuser ses messages, à travers les journaux principalement, mais aussi grâce à la radio et à la télévision, domaines dans lesquels le régime fait figure de pionnier ; tout le domaine culturel (cinéma, musique, théâtre) est quant à lui placé sous l’égide Ministère de la Propagande.

Affiche antisémite

C’est un authentique culte de la personnalité autour d’Hitler qui est diffusé auprès de la population: il devient ainsi « Der Führer » (le Guide), notamment auprès de la jeunesse, dont l’endoctrinement vise à produire des Allemands obéissants, dévoués et prêts à mourir pour le Führer et la patrie. Et pour mieux faire d’Hitler le seul guide possible, les propagandistes nazis désignent publiquement les groupes indésirables. En découleront les lois de Nuremberg, qui relègueront les Juifs à un statut de seconde zone. avant que les politiques anti-juives ne les forcent à l’émigration.

Durant la guerre, les succès militaires ayant placé les millions de Juifs des territoires conquis sous le contrôle des Allemands, la politique anti-juive nazie change radicalement, passant de l’expulsion au massacre. Le Ministère de la propagande appuie ce changement en promouvant l’image d’un « ennemi juif » mythique cherchant à dominer le monde, et à asservir les populations non juives.

Purger l’Allemagne de la propagande

Au sortir de la guerre, les alliés jettent les bases fondamentales de la « dénazification » de l’Allemagne, par le désarmement et la rééducation. Bibliothèques, librairies, maisons d’édition, écoles et universités ont reçu l’ordre de remettre tous les documents contenant de la propagande nazie pour qu’ils soient détruits. En outre, le Conseil de contrôle allié a ordonné que toutes les affiches et statues, tous les monuments, plaques de rue et emblèmes qui glorifiaient le Parti nazi soient complètement détruits, et a interdit la création de tels objets à l’avenir.

En octobre 1945, au cours du procès de Nuremberg, deux prévenus étaient poursuivis pour leurs activités de propagande: Julius Streicher, rédacteur en chef du journal antisémite Der Stürmer, et Hans Fritzsche, chef de la Division de radiodiffusion du Ministère de la propagande. Tous deux étaient accusés de « crimes contre l’humanité » pour incitation à la haine ayant favorisé la persécution et le meurtre des Juifs d’Europe.

Julius Streicher.

Si la propagande politique a toujours existé, et qu’elle n’est pas l’apanage des partis extrémistes, il apparaît nécessaire de mettre à nu les techniques de persuasion et de manipulation instrumentalisant la haine, la division, et l’exaltation de la question identitaire pour accéder au pouvoir. Les nouvelles technologies permettant désormais de démultiplier les messages, de toucher grâce à l’effet de viralité des publics exponentiels en temps réel, le souvenir des années 30 doit nous encourager à une vigilance plus que jamais indispensable.

Source http://quefaire.paris.fr/13960/la-propagande-nazie-en-questions

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