dimanche, 17 décembre, 2017

La pesanteur de mon inconsistance. Rony Akrich (Les Passions d’un Hébreu au « Café Daat »)

Pour comprendre le monde spirituel, celui qui  se situe au niveau de l’âme, de l’esprit, de la vie psychique, celui en rapport avec la vie intérieure de l’âme dégagée des sens, avec les fonctions supérieures de l’esprit, il nous faut l’entendre ici et maintenant. Ne pas le chercher dans l’au-delà des mers ou dans les cieux. C’est en soi qu’il se trouve, là qu’il attend patiemment le rendez-vous essentiel. Il s’agit d’une opération mentale exprimant le besoin d’investigation, d’élucidation, la dure nécessité de devoir réfléchir, creuser, scruter et imaginer. Nombre d’erreurs, de fautes et de regrets restent conséquents du refus catégorique de l’Humain à se rencontrer, non de manière infantile et égoïste mais au travers d’une exigence perpétuelle  à révéler les aspects sublimes de son être. L’écoute vigilante des clameurs de l’âme, l’espoir incessant à vivre les percées et le flux des torrents de son cœur. Ce n’est certes pas une quête primaire d’inspiration céleste, ni une tiède expérience mystique mais un réel labeur de peine et de sueur. Il est difficile de faire parler l’âme, elle, qui se trouve quelque part dans les brouillards de l’inconnu. Une grande partie de l’existence est consacrée aux appétits dérisoires et aux nécessités puériles qui absorberont peu à peu puis totalement l’être humain. Attiré par ces forces de pesanteur, il n’aspire plus qu’à survivre, qu’à satisfaire ses besoins de primate. Une telle rencontre exige une conscience et une sensibilité de soi pour soi, ne pas hésiter à transcrire, à classer l’ensemble des émotions et des épreuves. L’Humain demeure en quête de son propre verbe intérieur, de sa conscience, de l’intimité de son âme. Toutes les expériences vécues gravent la conscience d’un sillon indélébile mais ne répondent  pas toujours aux aspirations sourdes du vibrato de l’être intérieur. C’est au magma de la vie qu’il faut accorder une pleine liberté de mouvement et d’expression. La cohérence de cet ouvrage vise à la révélation substantielle de l’être intime, de ce magma originel où il s’impatiente à lui octroyer une densité, une figure, un devenir.

Quelquefois une quête de soi, une recherche de sa propre vérité entraine l’homme vers des positions extrêmes; ne plus accepter les certitudes absolues exhibées comme la finalité du bon, du bien et du sacro-saint. Les parterres  fleuris par les masses sont trop souvent recouverts d’un conformisme d’idées et de manières de faire ne satisfaisant que la matière brute et le superficiel. Aucune concession n’étant réellement possible, les conflits deviennent  incessants et le chemin poursuivi à contre-courant demeure la seule issue parmi ceux et celles qui persistent à solliciter la personnalité. Réussir à se protéger de cette différence d’entité aux faveurs d’une moralité sans appel, d’une volonté épurée et d’une authenticité dans le suivi. Le combat ne doit pas se matérialiser par un orgueil ou une humilité exacerbés mais à travers l’unique exigence d’une reconnaissance de la vérité profonde ainsi que d’une sincère volonté à élucider cette dernière.

Il faut se tenir prêt à fondre sur ces moments opportuns, là où l’être s’entrouvre et laisse poindre les gerbes de lumières rayonnantes qui n’attendaient que nous.

Simultanément, éveiller l’âme grâce à, une étude intelligente et profonde des textes traditionnels, un engagement sensible et positif au sein d’un ordinaire dissocié du « bruit » ambiant. Les sons assourdissants et les lumières aveuglantes provoquant, plus qu’on ne le pense, des désordres de la réflexion et les défectuosités du bon entendement. Lorsque l’individu se dénie et s’obstine à ne plus labourer les champs de son être, nul doute que les chemins parcourus rencontrent ceux de la perdition. Au fil du temps sa conception et son estimation des choses se brouillent, la réalité ainsi appréciée devient le guide fossoyeur de ces innombrables tentatives à percevoir les desseins de son existence. Les conséquences seront ainsi doubles: d’une part, des situations, des conflits qui ne sont pas nécessairement les siens mais le fourvoient et l’entrainent vers l’échec. D’autre part, l’expression d’une colère plus ou moins violente concernant  ses rendez-vous manqués avec lui-même, avec la Vie.

La principale relation demeure envers et contre tout cette sollicitude à l’égard de soi-même, chacun y est porteur d’une âme vivante, d’un trésor de vérité et de bonté, d’une créativité sans bornes et d’une sagesse incommensurable.

Il faut vaincre le cynisme et la pesanteur des inconsistances, partir à la recherche de ses propres empreintes, réfléchir promptement et saisir avec délicatesse ses émotions. Savoir se frayer un chemin à travers nos rêves, à travers le flot déferlant de faire-part délivrés depuis les gorges profondes de l’âme. L’attitude adoptée face à la nature et la substance de la personnalité nous interpelle; quelle serait donc la signification réelle de ce « moi » omniprésent? Serait-ce la personne dans toute sa simplicité initiale et commune? Ou bien la personne créatrice, adaptable, maitresse de son devenir et actrice de son milieu ? Les deux propositions, aussi justes  soient elles, ne doivent pourtant pas nous empêcher de décrypter le sens de leur implication l’une envers l’autre sur l’âme vivante. Le caractère le plus naturel est bien entendu celui de l’enfant, dès cet âge les comportements sont spontanés, libérés des carcans, là, l’enfance s’écoule comme un long fleuve tranquille.

Elle peut s’émouvoir sans critique, découvrir sans frontières, courir les espaces et permettre à la graine de germer le plus naturellement du monde à l’abri des turbulences existentielles. Cette période de l’enfance est un moment clé car elle reste une source de joie, de confiance, d’amour et de créativité. Elle permet aux forces essentielles de la vie une rencontre avec l’étendue infinie, là où le mouvement incessant et perpétuel de l’existence ne peut se heurter aux contingences de la seule raison. Sa victoire le transporte alors vers l’autre horizon, celui dans lequel l’âme vivante jaillit et se conjugue avec le monde des lois et des limites. C’est alors que la maturité s’acquiert, se construit et mène à plus de réflexion, de remise en question quant à  la responsabilité partagée et les comportements pratiques de l’humain. Elle ouvre les arcanes de l’âme pour mieux se proposer à l’autre, à la société, prendre la direction de l’autre dimension de la vie, celle où le dialogue s’engage avec tous.

Commentaires : cafedaat@gmail.com

Rony Akrich

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