mercredi, 15 août, 2018

Netiv Haavot: déception et démission d’un militant – francophone – du Likoud

Il faut le reconnaître : la destruction des quinze maisons de Netiv Ha-Avot, qui débute mardi matin, est un nouvel épisode dans les expulsions de Juifs qui se sont déroulées sous un gouvernement de droite. Non pas qu’il faille se tourner vers une gauche qui a plombé la politique israélienne depuis 25 ans avec les accords d’Oslo, mais les questions que se posent aujourd’hui les électeurs de droite sont légitimes.

Certes, les acteurs de cette saga absurde sont multiples : des organisations d’extrême gauche qui se sont données pour mission de chasser le plus possible de Juifs de Judée-Samarie, des « propriétaires arabes »-  réels ou imaginaires – qui se réveillent au bout de longues années et qui ne font jamais rien des lopins desquels les familles juives sont chassées, une Cour suprême qui sait se montrer pointilleuse et rigoriste envers les Juifs mais compréhensive envers les Arabes et les Bédouins, mais aussi un gouvernement qui n’a pas su régler ce problème sur le plan législatif et humain, d’autant plus que règne à Washington l’Administration américaine la plus pro-israélienne qui n’ait jamais été. On peut dire sans crainte que dans l’électorat qui vote Likoud ou Habayit Hayehoudi, c’est la soupe à la grimace et le sentiment d’être une nouvelle fois les « dindons de la farce ».

Au moment où les bulldozers entament leur travail de destruction, un membre – francophone – du comité central du Likoud claque la porte du parti après des années de militantisme. Michaël Breisacher, habitant d’Efrat, a décidé de « jeter son tablier » par déception, et il l’explique dans une lettre qu’il a adressée aux instances du parti sous le titre de « J’accuse ! ».

Michaël Breisacher introduit sa lettre en dressant la liste des expulsions décidées et effectuées sous des gouvernements de droite ou issus de la droite : Goush Katif, Amona, Migron, Beit Oulpena (Beit El) et maintenant Netiv Ha-Avot. Autant de drames humains, d’interrogations politiques et de sentiments de trahison.

« Au final, toutes les campagnes médiatiques, les lobbyings, les manifestations aux carrefours, les débats à la Knesset ou les visites de ministres et députés n’auront pas réussi à sauver quelques maisons à quinze kilomètres de Jérusalem », constate en substance et avec regret ce cadre du Likoud. Michaël Breisacher ne comprend pas comment une telle décision que tout le monde à droite s’accorde à dire qu’elle est injuste, inutile, immorale et infondée n’ait pu être annulée par un gouvernement qui jouit du soutien d’une majorité de la population.

Pour Michaël Breisacher, la racine du problème réside principalement dans le statut hybride des habitants juifs de Judée-Samarie qui n’ont pas de statut juridique clair depuis 1967. « Dans aucun autre pays au monde, ni même en Israël concernant des Arabes ou des Bédouins, on ne détruit une maison parce qu’elle empiète de 80 cm sur une propriété privée » souligne-t-il. Il cite Moshé Feiglin qui pose la question : « Qui est responsable ? La souris qui a volé le fromage ou celui qui a fait le trou ? », sous entendu, la Cour suprême est entrée par une porte que les gouvernements israéliens successifs ont laissé volontairement ouverte.

La seule solution, estime Michaël Breisacher, est d’étendre la souveraineté israélienne aux habitants de Judée-Samarie afin qu’ils ne soient plus considérés comme des citoyens de 3e catégorie.

« Si  la droite au pouvoir n’arrive pas à sauver quelques maisons près de Jérusalem, c’est qu’elle ne gouverne pas vraiment », fixe-t-il non sans une certaine logique, même si les choses ont commencé à changer.

« Sur le plan moral et par honnêteté envers ceux qui m’ont envoyé, je ne puis plus continuer à mentir et à poursuivre dans cette voie », écrit Michaël Breisacher pour expliquer sa décision de quitter la Likoud, rajoutant qu’il n’est sûrement pas le seul à ressentir un profond malaise et une immense déception au sein du parti ainsi qu’à Habayit Hayehoudi.

Dans sa lettre, le militant démissionnaire pointe également un autre problème, davantage lié aux calculs politiques, aux rapports de force ou à la volonté du gouvernement d’acheter la paix sociale : le public dit sioniste-religieux est généralement très loyaliste, « mamlakhti » comme on dit. Même s’il manifeste et se manifeste, il ne provoquera pas de tremblement de terre politique si un gouvernement qu’il a contribué à élire prend des décisions qui lui sont défavorables. Dès lors, et on l’a vu dans les cas précédents, un gouvernement Likoud se permettra avec lui des choses qu’il n’osera pas faire envers des secteurs de populations plus agressifs : Arabes israéliens, Bédouins ou orthodoxes. Le Likoud a toujours su que la population sioniste-religieuse est électoralement dans sa poche. C’est d’ailleurs ce que Binyamin Netanyahou rappelle à chaque fois lorsque le parti Habayit Hayehoudi menace de quitter la coalition : « Voulez-vous faire tomber un gouvernement de droite et amener la gauche au pouvoir, comme cela s’est passé en 1992 avec l’arrivée d’Itshak Rabin et les conséquences que l’on sait ? ». [Suite à la conférence de Madrid, les trois petits partis de droite, Te’hiya, Moledet et Tsomet avaient quitté la coalition gouvernementale d’Itshak Shamir, provoquant la chute du gouvernement et la tenue d’élections anticipées qui amenèrent Itshak Rabin au pouvoir.]

Ce mardi restera une date triste dans le processus de repeuplement juif de sa terre ancestrale. Ce sentiment d’injustice et de “deux poids et deux mesures” de la part de la Cour suprême est d’autant plus criant que dans les tiroirs de la cour se trouvent des milliers de dossiers de maisons arabes et bédouines illégales pour lesquelles un ordre de destruction a été émis. Mais il n’y a aucune indication de date ou délai.

Un petit détail…

Photo Yonatan Sindel / Flash 90

 

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Commentaires

  • Avigail

    13 juin 2018

    Entièrement d’accord avec vous, Monsieur Breisacher. D’abord, vous avez bien fait de claquer la porte du Likoud. Félicitations à vous.
    Maintenant, la question qui se pose et que personne ne pose soit parce que les gens sont endormis soit parce qu’ils font partie de la majorité silencieuse est : si, sous un gouvernement dit de “droite”, on expulse des juifs de chez eux, c’est que ce gouvernement N’EST de toute EVIDENCE PAS DE DROITE !!!! C’est une tromperie vile et sournoise. C’est une MANIPULATION par ceux qui se font passer pour ceux qu’ils ne sont pas. Donc, qui sont ces gens qui se font passer pour des gens de droite ??????????? C’est à dire,qu’avant d’aller voter la prochaine fois, IL NE FAUDRA PAS OUBLIER QUI DANS CE GOUVERNEMENT A LAISSE FAIRE CES EXPULSIONS HONTEUSES. Les Bnei Israël qui sont les enfants d’Avraham, d’Its’hak et de Yaacov ont pleine et totale souveraineté sur la Terre d’Israël, DONNEE par D’ à Ses enfants ET NON AU EREV RAV!

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  • Ixiane

    14 juin 2018

    Pourtant BIBI avait promis qu’il n’y aurait plus jamais d’expulsions de juifs des quartiers revendiqués par les arabes !!!! cela signifie quoi ? et Benett en pense quoi ?????

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  • דוב קרבי dov kravi

    20 juin 2018

    C’est surtout le bagats qui s’octroie des prérogatives pour lesquelles il n’a pas été élu.
    La séparation des pouvoirs est à la base de toute démocratie, comme chacun devrait savoir depuis Montesquieu.

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