vendredi, 25 mai, 2018

“Ceux qui naissent mourront et les morts revivront” Hommage à M. Yossef Hini

Mr. Yossef Hini était le doyen de notre communauté. Né en Algérie, ayant vécu à Cherchelles dans le département d’Alger la capitale, il professa dans la bijouterie.

Il y a environ quatre ans que je l’ai connu et sans trop que je sache vraiment pourquoi, nous avons immédiatement sympathisé. Ou plutôt, oui, je sais pourquoi. Nous avons immédiatement trouvé un point commun parmi tant d’autres qui suivront. Les airs de la liturgie qui est la mienne étaient aussi les siens. En les écoutant, il sentait vivre à nouveau sa jeunesse. Apres m’avoir entendu, il me disait souvent: “C’était exactement comme vous le faites que nous lisions en Algérie le Cantique de la mer rouge ou les Dix Commandements”.

Il y a quelques mois, je rendais visite à M. et Mme. Hini dans leur appartement situé à quelques centaines de mètres de notre synagogue. Cela m’est difficile de décrire la joie avec laquelle ils m’ont accueilli. Malgré son grand âge et sa voix faible, sa mémoire était restée toujours aussi fraiche: il  me décrivait le magnifique port de Cherchelles qu’il avait quitté quelques 55 ans auparavant, l’école d’officiers de cette ville, mais aussi le deuil qui l’avait accablé en perdant un fils Michel et sa décision unilatérale de monter en Israël.

Ayant quelques difficultés à marcher, il tenait malgré tout à venir à la synagogue à  peu près chaque Chabbath, et tenait absolument à lire la Haphtara le Chabbath de la semaine où étaient décédés le même jour à quelques années d’écart, son père et son fils.

Nos Sages ont dit dans les Pirké Avot: Rabbi Eléazar Hakappar enseigne: “Ceux qui naissent mourront et les morts revivront”. Mais n’est-ce pas là une évidence? Ne sait-on pas que “ceux qui naissent mourront et que les morts revivront”? Mais Rabbi Eléazar Hakappar veut nous enseigner par là qu’il est de notre devoir de nous souvenir à chaque instant donné, que “ceux qui naissent mourront et que les morts revivront”, cela pour nous éviter de tomber dans les pièges de notre mauvais penchant. Comment faire? En nous souvenant régulièrement du dernier jour de notre vie.

Mais cela ne suffit pas. Il faudrait vivre en pensant régulièrement que chaque instant qui passe nous rapproche de la mort. Rabbi Eléazar Hakappar souligne cela en disant: “ceux qui naissent mourront”. Il ne dit pas: “Les vivants mourront” de la même façon qu’il a dit: “Les morts revivront” mais il a été précis en disant: “ceux qui naissent mourront”. Ce qui veut dire: déjà à l’heure de la naissance, l’homme est appelé à mourir.

En sachant cela, il n’y a pas une minute à perdre. Tout moment est propice pour pratiquer un commandement ou étudier la Thora, pour construire et pour planter. Salomon, l’homme le plus sage de toutes les générations a dit dans l’Ecclésiaste (2: 14), “Les yeux du sage sont dans sa tête”, en d’autres termes le Sage est celui qui voit loin, est celui qui arrivera prêt le jour du jugement.

Mais rien n’assure la longévité car nul n’est le comptable de D.ieu et lui seul décide de la vie de chacun, et comme nous disons dans le chant liturgique וּנְתַנֶּה תֹּקֶף que nous lisons à Roch Hachana: “D.ieu décidera qui se reposera et qui errera, qui vivra en harmonie et qui sera harcelé, qui profitera de la tranquillité et qui souffrira.”

Nous ne savons pas quand sera le dernier jour de la vie d’un individu et c’est très bien comme cela. Car si nous le savions, notre nature nous entrainerait à accomplir les commandements à la fin de nos jours car il y a le temps … Mais ces 24 heures sont peut-être les dernières que nous avons à vivre. C’est ce qu’a dit Rabbi Eliezer: “Fais pénitence un jour avant ta mort”.

Nous pleurons la mort d’un être cher. Mais pourquoi le pleurer puisque, comme chacun d’entre nous, il aura droit à une part au monde futur, ainsi que nos Sages nous l’enseignent. Nous pleurons parce qu’il ne pourra désormais plus accomplir la volonté divine. Seuls les vivants louent D.ieu et non les morts.  לֹא הַמֵּתִים יְהַלְלוּ יָ-הּ(Ps. 115: 17)

Mieux encore. Nous pleurons la force de nos aînés que nous ne retrouverons plus jamais, cette croyance, cette foi inconditionnelle et sans limites. “Les hommes de foi ont disparu”. Qui a dit cette phrase empruntée à la prière?  Les hommes de foi eux-mêmes! Chaque génération est plus faible que la précédente, plus chétive. Mais il semble que cela doit être ainsi. Et c’est toujours le Roi Sage qui a dit dans l’Ecclésiaste (1: 4): “Une génération s’en va et une génération vient”, mais malgré tout avec une pointe d’optimisme dans la suite du verset: “Mais la terre subsiste à perpétuité”.

Nous présentons à Mme. Hini et à toute la famille du défunt nos profondes condoléances.

יהי זכרו ברוך

Oraison funèbre prononcée par le Rav Yaacov Lévi, Kehilath Atrid, lors de l’enterrement.

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