dimanche, 24 septembre, 2017

Quand les Musulmans s’entretuent par Dr Ephraïm Herrera

Samuel Huntington, dans son livre « Le choc des civilisations », a soutenu que « l’Islam a du sang à ses frontières », à savoir que les pays musulmans ont tendance à entrer en guerre avec leurs voisins non musulmans. Le monde occidental, Israël y compris, souffre effectivement d’attentats islamiques meurtriers, et il y a bien des conflits aux frontières de l’Islam, comme par exemple au Cachemire. Mais, en faisant le décompte des victimes, on observe que les guerres intestines musulmanes sont infiniment plus meurtrières. Dans les cinquante dernières années, on compte des dizaines de millions de Musulmans tués et blessés, et des dizaines de millions de Musulmans contraints à l’exil. On voit des pays musulmans s’écrouler ou vivre des guerres civiles sanglantes, comme la Syrie, l’Irak, le Yémen, la Libye et le Soudan. On assiste aussi à des conflits qui risquent de dégénérer en conflit militaire, comme celui entre le Qatar et ses voisins du Golfe.

Les frontières de l’Islam ne saignent pas trop, c’est le monde musulman qui souffre d’une grave hémorragie interne.

Les intérêts géopolitiques et économiques ont un rôle non négligeable dans ces guerres, mais ils ne suffisent pas pour expliquer les secousses profondes qui ébranlent des dizaines de pays musulmans. En témoignent les arguments de chacun des cans en conflit, et l’appel commun constant des combattants, « Allah akbar », qu’ils soient sunnites ou chiites, d’al-Qaïda ou du Hezbollah, soldats irakiens ou syriens. Tous agissent au nom d’Allah.

Et tous qualifient le Musulman contre lequel ils combattent de « kâfir », à avoir hérétique, et là réside la source de l’hémorragie.

Les décisionnaires musulmans les plus conciliants ne désignent comme « kâfir » que celui qui ne reconnaît pas Allah et Muhammad, comme par exemple l’idolâtre qui le reste même après qu’on lui ait raconté les miracles accomplis par le fondateur de l’Islam, et qui mérite donc la mort.

Pour diverses raisons, la vie des Juifs, des Chrétiens et d’autres groupes a le plus souvent été épargnée, à la condition qu’ils renoncent à leur terre et à tout droit civil, et qu’ils acceptent de vivre selon les règles humiliantes de la dhimma.

Ces décisionnaires fixent aussi qu’un Musulman qui renie Allah ou Muhammad comme son prophète est un apostat (« kâfir mourtad »), est passible de mort. Plus de 80% des Égyptiens et 2/3 des Palestiniens sont convaincus qu’il faut appliquer cette peine de mort contre les Musulmans qui abandonnent la religion d’Allah.

De nombreux décisionnaires ont étendu la notion d’hérétique à tout Musulman qui ne croit pas dans l’Islam tel qu’ils le définissent : des Sunnites considèrent les Alaouites comme étant des hérétiques, et en conséquence leur guerre contre le camp d’Assad purifie le monde islamique de méchants hérétiques. Ainsi, l’État islamique nomme « hérétiques » les régimes musulmans et leurs soldats, les Frères musulmans et l’ensemble des Chiites.

De même, les forces musulmanes qui combattent tant les Frères musulmans que l’État islamique, les désignent comme étant des hérétiques, qu’il faut combattre sans merci.

Le printemps arabe a fait pousser ces racines qui ont fait éclater des guerres sanglantes.

La victoire sur l’État islamique ne résoudra pas ce problème de base. Les Sunnites, encore majoritaires en Syrie malgré l’épuration ethnique menée par le régime alaouite d’Assad, continueront à voir dans les Chiites des hérétiques apostats passibles de mort. Les Iraniens continueront de considérer l’Islam chiite comme étant le vrai Islam, appelé à dominer le monde. Les pays du Golfe continueront d’investir le meilleur de leur argent pour combattre les hérétiques chiites.

C’est désolant, mais on ne voit pas ce qui pourrait amener à l’arrêt de l’hémorragie qui frappe le monde musulman et à une réforme en profondeur, qui effacerait la notion d’hérétique du dictionnaire juridique islamique. Certainement pas l’hérésie consistant à renier la source du problème.

 

Ephraïm Herrera est docteur en histoire des religions, diplômé de la Sorbonne et a publié « Les maîtres soufis et les peuples du livre » aux Éditions de Paris, ainsi que « Le djihad, de la théorie aux actes » et les deux tomes des « Étincelles de Manitou » aux éditions Elkana.

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