mercredi, 15 août, 2018

L’OBI rend hommage à Georges et Aline Gutelman

L’Assemblée générale annuelle de l’OBI (Originaires de Belgique en Israël) s’est tenue le mardi 31 juillet dernier, à la résidence de l’Ambassadeur de Belgique en Israël.

Le couple belge Gutelman, qui a joué un rôle déterminant lors de l’opération Moshé, pour évacuer les Juifs d’Ethiopie vers Israël, était mis à l’honneur lors de cette soirée.

Sally Zajfman, Président d’honneur de l’OBI, nous dresse un compte-rendu de cet événement.

 

Le P’tit Hebdo: Qu’est-ce que l’OBI?

Sally Zajfman: L’association des Originaires de Belgique en Israël a été fondée en 2001 avec trois objectifs: s’occuper des olim de Belgique, faire un travail de lobbying auprès des autorités compétentes afin d’obtenir des indemnisations pour les victimes belges de la Shoah et être le trait d’union entre les Belges et Israël. Nous aidons surtout les soldats seuls, les étudiants par le biais de bourses et en organisant des journées sportives autour de Lag Baomer. Nous organisons aussi des conférences sur la Shoah. La dernière coupe du monde a été l’occasion de rassemblements: nous avons suivi les matchs de l’équipe de Belgique, surtout celui contre la France! Après avoir été le président de l’association pendant plusieurs années, j’ai passé le flambeau à la jeunesse. L’OBI est, aujourd’hui, présidée par Moria Hadad Rodrig.

Lph: Quand on parle de Francophones en Israël, on a tendance à penser aux Français. Pourtant, les Belges aussi en font partie! Combien de Belges vivent aujourd’hui en Israël? Leur voix est-elle suffisamment prise en considération?

S.Z.: On estime qu’il y a environ 10000 Belges en Israël. A cela s’ajoutent les quelques 2000 qui participent à différents programmes dans le pays. Notre voix est, en effet, souvent oubliée. Lorsque le lobby francophone a été créé à la Knesset par Yoni Chetboun, c’est moi qui ai insisté pour qu’il s’intitule ”francophone” et non ”français”. Nous sommes aussi en contact avec différentes associations francophones, notamment, Qualita.

 

Lph: Est-ce leur nombre relativement faible par rapport aux Français, qui explique cette différence de traitement?

S.Z.: Pas uniquement. En fait, les Belges n’ont pas du tout la même approche à l’alya. Ils s’intègrent beaucoup mieux et plus vite que les Français. La plupart des jeunes qui arrivent connaissent déjà l’hébreu et sont venus de nombreuses fois en Israël. Ils ne restent pas vraiment entre eux. Ce qui rend d’ailleurs, notre mission plus difficile en tant qu’association belge.

 

Lph: L’assemblée générale de l’OBI est un événement annuel. Comment se déroule-t-il?

S.Z.: Chaque année, nous organisons une réception lors de laquelle nous procédons à notre assemblée générale puis nous évoquons un sujet différent. Les membres de l’association sont invités ainsi que des personnalités, en fonction des thèmes choisis. Cette année, en raison de l’hommage rendu à Georges et Aline Gutelman, nous avions invité le député Avraham Neguise, mais aussi Ephraïm Halévy, ancien chef du Mossad et Avi Primor, ancien ambassadeur.

Lph: Qui était Georges et Aline Gutelman?

S.Z.: Georges Gutelman est né en 1938 de parents polonais. Il a survécu à la guerre mais sa mère ne revint jamais d’Auschwitz. À la suite d’un voyage aux États-Unis, il conçoit le projet de regrouper un cercle d’amis afin de louer un avion pour organiser des voyages. Il tenta cette expérience à diverses reprises. Après ses études, il fonde sa propre agence de voyage : TIFA.

En 1971, il fonde la compagnie aérienne pour vols charters Trans European Airways (TEA). Fin 1984 et début 1985, il prend part avec la compagnie à l’opération Moshé, et permet l’évacuation de quelque 8 000 juifs falashas d’Éthiopie via le Soudan et jusqu’en Israël.

Ephraïm Halévy a raconté lors de notre soirée comment ils avaient recruté Georges Gutelman. Les moyens du Mossad étaient insuffisants pour évacuer tous ces Juifs d’Ethiopie, ils ne pouvaient pas les faire embarquer dans des avions israéliens, donc ils en ont cherché des européens. Lorsque la demande a été faite à Georges Gutelman, il a tout de suite accepté, alors même qu’il savait qu’il prenait de grands risques pour sa compagnie et pour lui-même. Les avions de la TEA transportaient des pèlerins vers la Mecque le jour et la nuit, ils partaient de Bruxelles vers le Soudan, embarquaient des Juifs éthiopiens, les faisaient transiter par la Belgique, avant de les emmener en Israël. Afin que tout cela soit le plus crédible possible, des visas de réfugiés en Belgique, avaient été préparés pour tous ces passagers.

Avi Primor a dévoilé à quel point ce choix avait coûté à Georges Gutelman, sa société devenant l’objet de boycott, à la suite de cette opération, et se trouvant face à de grosses difficultés financières. Mais les Gutelman n’ont jamais regretté et ont même, à plusieurs autres occasions, mis tous leurs moyens à la disposition d’Israël. Pour compléter l’hommage que nous leur avons rendu, nous leur avons offert la maquette de l’avion qui a servi au sauvetage des Juifs d’Ethiopie.

 

Lph: Vous nous donnez ici un aperçu d’un acte digne d’admiration et relativement peu connu.

S.Z: Lui est aujourd’hui atteint de la maladie d’Alzheimer, sa femme, quant à elle, poursuit leur action. Depuis cinq ans, elle organise un gala de charité dont les recettes sont entièrement reversées aux rescapés de la Shoa. D’une manière générale, l’apport des Juifs de Belgique n’est pas assez mis en avant. Dans le cas des Gutelman, nous allons formuler une demande afin qu’ils soient choisis pour allumer un des flambeaux de Yom Haatsmaout. Ce couple le mérite.

 

Propos recueillis par Guitel Ben-Ishay

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