samedi, 25 novembre, 2017

Lettre ouverte au Cyrus britannique (à l’occasion du centenaire de la déclaration Balfour)

Dear Lord Balfour,

En publiant il y a maintenant tout juste un siècle, les 121 mots de votre Déclaration, vous avez réalisé le rêve de nombre de vos prédécesseurs comme de vos successeurs au Foreign Office: vous êtes entré dans l’Histoire. D’ailleurs, je ne vous apprends rien en écrivant cela. N’avez-vous pas déclaré bien plus tard : « au bout du compte et en faisant le bilan, il m’apparait que cette Déclaration fut la meilleure chose que j’ai pu faire dans ma vie » ! Vous veniez en effet, ce jour-là, de déclencher une véritable révolution pour le peuple juif, comme pour le reste du monde!

Au moment même où vous publiiez votre texte, une autre révolution éclatait en Russie. Le communisme prenait le pouvoir. Un siècle après, que reste-t-il de ces deux révolutions, nées simultanément ? Après avoir fait des millions de victimes, l’une finit par s’effondrer comme un château de cartes. L’autre continue à se développer chaque jour davantage sous nos yeux étonnés … et reconnaissants!

En avril 1925, la Déclaration avait 7 ans et vous en aviez déjà 77. Vous aviez tenu alors à honorer le peuple juif en acceptant d’ouvrir la cérémonie d’inauguration de l’Université Hébraïque à Jérusalem sur le Mont Scopus. Devant 10000 personnes très émues, entouré de Bialik, du Rav Kook et de votre ami le docteur Hayim Weizman, vous ressembliez, à en croire les journaux, « à un sympathique vieillard venu voir de près et avec ravissement comme ses petits-enfants avaient grandi »! 5 ans plus tard, vous rendiez votre âme au Créateur, ce qui vous épargna la douleur de voir comment l’Angleterre trahissait les engagements que vous aviez pris en son nom et refluait impitoyablement les Juifs qui fuyaient ce piège mortel qu’était devenue pour eux l’Europe, en quête de ce foyer national que vous leur aviez promis.

Mais les volte-face de la « perfide Albion » n’y changeront rien : grâce à vous, l’Angleterre est à jamais liée à la résurrection de la nation hébraïque sur la terre de ses ancêtres !

Comme dans la plupart des scènes bibliques, le « plus improbable document politique de tous les temps », pour reprendre l’expression de certains historiens, aura eu une double paternité : la première est divine, la seconde est humaine. Et si les deux convergent vers le même but, elles ne suivent pas forcément les mêmes motivations. Le plan divin est exposé en toutes lettres dans les écrits prophétiques que vous avez lus dès votre enfance écossaise. Il prévoit la fin des souffrances d’Israël, le rassemblement des exilés, la reconstruction des villes d’Israël et le renouveau de la terre. Quant aux motivations humaines, elles sont multiples. Lloyd George assure qu’il s’agissait d’abord de récompenser Weizman pour avoir réussi à fabriquer l’acétone de synthèse, indispensable à maintenir la supériorité de la Royal Navy. D’autres suggèrent qu’il s’agissait plutôt d’attirer les Etats-Unis dans la guerre ou d’empêcher la Russie d’en sortir, en flattant les Juifs de ces deux puissances, alors qu’on exagérait, comme souvent, leur influence sur le gouvernement de la première ou sur les révolutionnaires de la seconde. D’autres encore pensent que ce fut là une trouvaille diplomatique géniale pour damer le pion à vos rivaux français et contrer ainsi élégamment leurs appétits coloniaux dans cette région du monde, après l’effondrement de l’empire ottoman. Et sans doute est-ce un peu tout cela à la fois. Cyrus, votre illustre prédécesseur perse n’avait-il pas également en vue, en publiant sa Déclaration 2500 ans avant la vôtre, des intérêts stratégiques bien compris ? L’autonomie des peuples conquis au sein de l’Empire, y compris des Hébreux, devait lui assurer leur fidélité. Non seulement ces considérations sont légitimes, mais il était de votre devoir d’agir en fonction de ce que vous pensiez être les intérêts de la Grande-Bretagne. Le miracle, c’est qu’en novembre 1917, ceux-ci s’inscrivaient parfaitement dans le plan divin énoncé il y a si longtemps dans la Bible!

Vous vous souvenez qu’en 1906, lors de votre première rencontre avec Weizman, vous cherchiez à comprendre pourquoi l’organisation sioniste avait fini par rejeter la proposition ougandaise. Comme tout bon Juif, il vous répondit par une question : « Si je vous offrais Paris au lieu de Londres, l’accepteriez-vous ? – Mais, docteur, vous êtes-vous exclamé, Londres, nous l’avons !  – C’est vrai. Mais nous, nous avions Jérusalem lorsque Londres n’était encore qu’un marécage » !

Cette phrase, vous ne pourrez plus l’oublier. Lorsqu’en décembre 1914 vous rencontrez Weizman pour la seconde fois, vous lui dites : « Vous savez, je repense souvent à notre conversation de 1906. Et je crois à présent que lorsque les canons se tairont, vous l’aurez, votre Jérusalem ! » Weizman en resta bouche bée.  Il y avait de quoi….

Mais savez-vous, cher Arthur James, que pour la tradition juive, votre Déclaration était inévitable ? Nahmanide, 700 ans avant sa publication, écrivait en Espagne que « ce n’est qu’avec l’accord des nations et avec leur aide que nous pourrons rentrer en Erets Israël » (commentaire sur Shir Hashirim 8, 13).  Radak, à la même époque, écrivait en Provence que « Dieu mettra en place la Rédemption, comme il l’a fait au temps de Cyrus par l’intermédiaire des nations dont les dirigeants annonceront le grand retour » (sur Tehilim 146,3). Rav Kalisher écrit depuis la Pologne, 50 ans avant votre Déclaration, que « tout débutera par l’accord que nous donneront les puissances », Rav Alkalay à Sarajevo précise que Dieu influencera le cœur des chefs d’Etats pour que ceux-ci répondent favorablement à la requête d’Israël de rentrer chez lui ». Et en entendant qu’à la conférence de San Remo, votre Déclaration été ratifiée, Rabbi Meïr Simha Hacohen de Dvinsk, le célèbre auteur du « Meshekh Hokhma », est enthousiaste : « L’accord des nations nous libère enfin, dit-il, de l’interdiction de quitter l’exil sans leur consentement ! Chacun d’entre nous doit maintenant encourager ses proches à réaliser la mitsva d’habiter en Israël, qui équivaut à toutes les autres mitsvot réunies ».

Cher Lord Balfour, je voulais vous confirmer ce que vous ressentiez déjà à l’époque : si, pour la tradition juive, il est fondamental que les nations participent à la rédemption d’Israël, c’est que celle-ci concerne l’humanité toute entière ! Et c’est un immense mérite d’avoir été choisi par Dieu pour en être le détonateur l

Arrêtez-moi si je dis des bêtises….

Rav Elie Kling

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