mercredi, 20 juin, 2018

“Un homme bon a disparu de la terre” (Michée 7: 2)

Yehoshua Jacky Drai, était un vrai ‘Hassid, un homme bon. Lorsque je dis Yehoshua, je pense à l’imposante personnalité de Yehoshua Bin Noun, l’héritier de Moïse, celui à qui D.ieu a confié la mission de conquérir la terre d’Israël. Je suis certain qu’une étincelle de l’âme de Yehoshua Bin Noun brillait dans celle du défunt, Yehoshua Ben Rosine. Pour ceux qui ne le savent pas, son amour pour Israël était si grand qu’il l’a poussé à l’âge de vingt ans, à naviguer en haute mer, dans des conditions extrêmes, depuis la lointaine Algérie vers le jeune Etat d’Israël, et à s’engager dans Tsahal pour prendre part à la guerre d’Indépendance. Il aurait fait partie aujourd’hui des “Hayalim Bodedim” (des militaires sans famille) mais en ces temps-là qui pensait au ‘Hayal Boded ? Le défunt fut envoyé se battre à la fameuse bataille de Latroun et fut blessé lors d’un des assauts. Quel héroïsme!

Dès le premier jour que je l’ai connu, j’ai compris que cet homme était d’une générosité  illimitée. Lorsque je dis générosité, je ne parle pas seulement de l’œuvre gigantesque de son action pour les Bné- Mitzvah et Bénot Mitzvah des familles nécessiteuses de tous les coins du pays, ni également de l’édification de deux synagogues en Israël qu’il a menée seul, mais surtout dans la vie de tous les jours. Yehoshua recevait chaque personne avec tous les égards qui lui étaient dus, chez lui ou à la synagogue. Seul ou accompagné, il ne manquait jamais de rendre visite à un malade, ou à des endeuillés pour leur manifester son soutien. Où trouve-t-on encore des gens comme lui, d’une sympathie et d’une gentillesse si exemplaires, embrassant et accueillant à bras ouverts ceux qu’il connaissait ou non. Avec une bonne parole ici, un encouragement là, il montrait un profond intérêt pour chacun. Peut-être ce qu’il a connu dans son enfance. Mais j’ai le sentiment que c’était chez lui une nature innée.

La synagogue (A.T.R.I.D. de Arnona) était son joyau et certainement le couronnement de sa vie. Son perfectionnisme, partie intégrante de sa personnalité, était édifiant. Il veillait à ce que dans cette synagogue chaque chose soit à sa place, ramassait un papier jeté et prévoyait chaque évènement jusqu’au moindre détail. Il faisait partie des dix premiers pour l’office du matin malgré sa santé fragile, et insistait pour fermer les portes de la synagogue, en semaine ou à la sortie de Shabbat, bien que je lui proposais d’en être responsable.

Lorsqu’il chantait « Nishmat Kol ‘Hay » ou le Yotser à Sha’harit de Shabbath, d’une précision remarquable, je pouvais entendre la mélodie ancienne de l’Algérie et de ses Sages, comme si ces derniers chantaient avec lui. Il entonnait les Piyoutim qu’il avait appris étant jeune, « Mi zot ‘Ola », « Barou’h Haba » … comme s’il les avait appris hier, avec la même ferveur, le même amour et la même application.

Combien de fois, et ces derniers temps encore, il me disait, moitié sur le ton de la plaisanterie, moitié sérieusement : « Je pense construire une troisième synagogue. » Et je comprenais qu’en son for intérieur faisait rage une véritable tempête mentale d’un homme qui ne veut pas mourir, d’un homme qui se plaint à D.ieu de la mort pour laquelle, selon lui, il n’était pas encore prêt.

Il est écrit dans le Midrash que, quelques instants avant sa mort, Moïse s’est adressé à D.ieu en lui disant:

« Maitre du monde, Adam a volé et mangé ce que Tu lui as défendu et Tu l’as condamné à mourir. Et moi, qu’ai-je volé? Tu as dit à mon propos: « Moïse est mon serviteur, de toute ma maison, c’est le plus dévoué»

D.ieu: Te crois-tu supérieur à Noé ?

  • Oui ! C’est dans sa génération que tu as inondé le monde. Lui n’a pas imploré Ta pitié alors que moi, j’ai dit après la faute du veau d’or : « Pardonne leur faute. Sinon efface mon nom du Livre que Tu as écrit»
  • Te crois-tu supérieur à Abraham ?
  • Mais les fils d’Ismaël perdront les Tiens.
  • Te crois-tu supérieur à Isaac?
  • Mais Esaü est sorti de ses entrailles, celui qui va détruire le Temple et exiler Tes enfants.
  • T’ai-je dit de tuer l’Egyptien ?
  • Et Toi, tu as fait mourir tous les premiers-nés d’Egypte, et je devrais mourir pour un seul Egyptien ?!
  • Te crois-tu semblable à Moi, qui donne la vie et la mort? Peux-tu faire revivre comme je le fais ? »

C’est alors que Moïse notre Maitre accepta la sentence divine.

Mais « Son regard ne s’était point terni, et sa vitalité n’était point épuisée ». Si Moïse avait été vieux, malade et forcé de garder le lit, il aurait finalement été oublié, même de son vivant. Quand il aurait rejoint sa dernière demeure, les enfants d’Israël n’auraient pas vraiment perçu sa mort, car il en est ainsi de tout homme. Mais Moïse a conservé ses forces jusqu’à son dernier instant et les enfants d’Israël l’ont pleuré trente jours.

Ainsi fut Yehoshua Drai. Jusqu’aux derniers instants nous l’avons vu vivant, planifiant, espérant, s’exaltant, rencontrant des gens, participant à tout, et tout cela dans la modestie et l’humilité qui le caractérisaient.

S’il existait une chose qu’il détestait profondément, c’était la querelle. De nombreuses fois il m’avait dit : « Dans notre synagogue, il n’y aura aucune querelle. C’est ma décision et il en sera ainsi. » Il poursuivait en disant : « Il y en a assez des tensions inutiles et des paroles inappropriées. » Mais comment réaliser une telle prouesse ? C’était là son secret, une sagesse particulière à chercher le compromis mais sans renoncer à ses idées, avec la patience qu’on lui connaissait. Ce sera son héritage moral à notre communauté.

Il honorait d’un grand respect les Talmidei ‘Hakhamim à la synagogue ou ailleurs et jouissait de chaque instant passé en leur compagnie. Lui-même issu d’une lignée de sages, il citait son grand-père, au nom duquel est nommée la synagogue d’Arnona, et s’exaltait en narrant ses histoires, inlassablement, tel un vrai disciple.

Les hommes d’expérience racontent l’histoire de deux bûcherons. Le premier travailla sans repos et coupa un certain nombre d’arbres, tandis que le second, s’il travailla autant que lui, prit à la fin de chaque heure un repos de dix minutes. A la fin de la journée, lorsqu’ils comparèrent les tas respectifs de troncs coupés, ceux-ci furent égaux. Le premier bûcheron dit au second : « Comment est-ce possible ? Je t’ai vu te reposer à la fin de chaque heure de travail ! » Le second répondit : « C’est vrai, mais je ne reste pas oisif. J’en profite pour aiguiser ma hache: Chaque coup que je donne vaut deux des tiens. »

Yehoshua, vous avez immensément œuvré en ce monde, mais vous avez œuvré avec intelligence. En cela, vous avez mérité une place d’honneur, proche du Trône Divin.

Que votre mémoire soit bénie. Reposez en paix.

Yaakov Levi, Rav Kehilath Atrid (Arnona Hatse’ira, Jerusalem)

(Traduit de l’Hébreu de l’oraison funèbre, Jacques Allouche.)

 

 

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