lundi, 29 mai, 2017

Le Hamas sous pression Par Dr Ephraïm Herrera

L’Égypte se rapproche du Hamas. Ainsi, la semaine dernière, le président al-Sissi a autorisé l’ouverture du poste frontalier de Rafiah deux fois par semaine. Ce rapprochement est étonnant, vue la haine violente que voue le président égyptien aux Frères musulmans, dont le Hamas est la branche dite palestinienne. Sur la clef qui permet de comprendre ce rapprochement, on peut lire le nom de l’ennemi numéro 1 de l’Égypte : l’État islamique.

Jusqu’à présent, les Égyptiens n’ont pas réussi à démanteler la branche égyptienne de Daech au Sinaï. Le groupe terroriste « Ansar Beïth al-Maqdis » du Sinaï a prêté allégeance à l’État islamique en 2014. Depuis, ce groupe a causé la mort de centaines d’Égyptiens dans des attentats commis par ses membres. Et cela, malgré l’aide massive d’Israël, qui a autorisé l’Égypte à rentrer des forces militaires dans la péninsule, en opposition aux accords de Camp David. Selon des rapports de presse, Israël apporterait aussi à l’Égypte un soutien militaire dans sa guerre contre les rebelles du Sinaï.

Étant donné que Daech reçoit de la bande de Gaza l’armement et les matériaux nécessaires à la préparation d’explosifs, l’Égypte tente par tous les moyens de bloquer cet axe central d’approvisionnement. Elle le fait en détectant les tunnels souterrains, puis en les faisant sauter ou en les inondant. Maintenant, elle essaie de le faire par le biais d’une pression sur le Hamas. Le marché que propose l’Égypte au Hamas est le suivant : le poste frontalier de Rafiah sera ouvert fréquemment, et avec lui les artères économiques aujourd’hui bouchées, et en échange le Hamas devra s’engager à totalement arrêter la fourniture d’armes et d’équipement militaire à l’État islamique.

Le Hamas a de bonnes raisons, et pas seulement économiques, pour accepter ce marché : les mouvements islamiques menacent le pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza, affirment qu’il est corrompu et qu’il ne combat pas comme il se doit « l’ennemi sioniste ». Ces mouvements tirent aussi des roquettes contre Israël, en sachant pertinemment que la réaction israélienne se focalisera contre les infrastructures du Hamas, et pas contre ceux qui tirent les roquettes. De plus, les dirigeants de l’État islamique en Syrie ont défini les Frères musulmans comme étant des « infidèles », passibles de mort, et tout spécialement les hommes du Hamas, accusés de « collaboration » avec l’État d’Israël – duquel ils reçoivent leur électricité et leur approvisionnement, et qui ne mènent pas de guerre contre l’État hébreu.

L’Égypte a aussi pris des mesures de représailles contre l’Autorité palestinienne : elle ne supporte plus les critiques contre elle émises par des dirigeants de l’Autorité. Ainsi, l’Égypte a récemment transmis une « liste noire » de personnes indésirables sur son territoire. Jibril Rajoub, ancien chef des forces de sécurité en Cisjordanie, a ainsi été récemment refoulé à l’entrée à l’aéroport du Caire. C’est une bonne nouvelle pour Israël : Rajoub s’est souvent exprimé violemment contre nous. Par exemple, il a déclaré que si l’Autorité palestinienne parvenait à se procurer une arme atomique, elle l’utiliserait le jour même contre Israël. L’Égypte soutient Mohammad Dahlan, ancien chef des forces de sécurité préventive de la bande de Gaza. Dahlan s’est vu contraint de fuir les territoires sous contrôle de l’Autorité palestinienne, après avoir été condamné pour corruption et pour tentative de putsch. Il est considéré, y compris aux yeux d’Israël, comme un « modéré » (il a maintes fois déclaré que la lutte armée était un droit fondamental des Palestiniens), et certains voient en lui le successeur optimal d’Abou Mazen. Dahlan reste aujourd’hui très impliqué dans les affaires de Gaza, et il a même monté un fonds monétaire qui prodigue un soutien financier dans la bande de Gaza.

Le Hamas se trouve donc sous pression, « à droite » par les islamistes encore plus extrémistes que les Frères musulmans, « à gauche » par Dahlan, qui jouit du soutien du président al-Sissi, et « de l’extérieur » tant par l’Égypte qui exige l’arrêt absolu de fourniture d’armes et de matériel au groupe « Ansar Beïth al-Maqdis », que par Israël, qui réagit à chaque tir de roquettes.

Dans ces conditions, Yahya Sinwar, le nouveau chef extrémiste du Hamas, aura bien du mal à ordonner une guerre contre Israël, et tant mieux. Toutefois, il faut se souvenir qu’au Moyen-Orient, les acteurs n’agissent pas toujours selon la logique.

 

Ephraïm Herrera est docteur en histoire des religions, diplômé de la Sorbonne et a publié « Les maîtres soufis et les peuples du livre » aux Éditions de Paris, ainsi que « Le Jihad, de la théorie aux actes » et les deux premiers tomes des « Étincelles de Manitou » aux éditions Elkana.

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