lundi, 29 mai, 2017

Sondage, face aux réactions Shmuel Trigano répond

Les réactions à l’enquête que l’association Dialogia a suscitées dans vos colonnes appellent de notre part quelques remarques, tant elles suggèrent de malentendus et de jugements à l’emporte-pièce. Saluons tout d’abord le message de la Ministre de l’intégration qui reconnaît des faits avérés. Son point de vue est le nôtre.

 

Nous avons voulu ce sondage, réalisé par une agence professionnelle, pour comprendre quelle image des olim de France se faisait la société qui les accueillait. La finalité en était de mieux penser les actions que nous envisageons de lancer dans un domaine uniquement intellectuel et culturel, pour clarifier les enjeux et surtout faire des originaires de France des parties prenantes du débat social et intellectuel de la société israélienne dont ils sont devenus les membres.

 

Parler comme le fait Avi Zana d’une « manipulation médiatique qui ne fait que refléter l’image que l’élite israélienne veut donner des juifs de France et de ses olim » est tout de même inquiétant quant à ce qu’il suppose de notre intention et de notre projet. » La nouvelle association francophone qui a commandé ce sondage, un de plus, débattra de ses conclusions sans même y associer les spécialistes de l’alya de France. Ce sont une fois de plus « des intellectuels israéliens »   qui vont nous expliquer qui nous sommes et comment nous devons nous intégrer« . Mais M. Zana n’a jamais répondu à notre invitation (mail du 9 janvier)… Prétendre que « les professionnels de l’alya« , seuls, auraient dû prendre la parole est par ailleurs inquiétant car, autant en France qu’en Israël, les immigrants sont des citoyens qui n’ont pas besoin de mentor.

 

Notre colloque était organisé en deux temps. Il s’agissait tout d’abord de rendre compte et de commenter, en français, les résultats du sondage. Dans un deuxième temps, il nous a semblé nécessaire de donner voix, en hébreu, à des intellectuels israéliens patentés pour exprimer les grandes options de l’identité israélienne auxquelles les nouveaux venus sont confrontés. En effet, l’image que les Israéliens vétérans se font des immigrants de France reflète les propres clivages d’Israël.

 

Plus globalement, M. Zana semble ne pas savoir ce qu’est un sondage. On y trouve des questions fermées, présentant des choix bloqués et tranchés et des questions ouvertes. « Barbares, gueulards, culottés », c’est ce que 22% des sondés disent spontanément quand ils pensent aux Juifs de France, sans qu’on leur propose un choix, de même « lunettes et bronzage » (10%). C’est d’autant plus significatif. L’élaboration du questionnaire se fait, par ailleurs, sur la base des conclusions de groupes d’opinion de quelques dizaines de personnes, originaires de différents milieux et régions, pour voir ce que l’on pense en moyenne dans la société.

 

Comme Daniel Benhaim et Ariel Kandel, nous ne sommes pas « choqués » par ces résultats, certes regrettables. C’est un constat qui est fait et qui montre le travail à accomplir. Il ne s’agit pas seulement de s' »intégrer ». C’est bien là tout le problème: il n’y a plus de modèle d’intégration unique. La société israélienne n’est plus ce qu’elle était dans les années 1960-1970. C’est une société affluente, multiculturaliste, dont les fondements nationaux et identitaires se sont quelques peu effacés comme dans toutes les démocraties européennes. La question de l’identité nationale et de son rapport à l’héritage juif s’y pose notamment avec acuité. Cette question est désormais celle des nouveaux venus. Leur contribution spécifique, morale, culturelle, identitaire est encore à élaborer et à verser au débat israélien. C’est ce à quoi Dialogia se consacrera.

 

Shmuel Trigano – Max Benhamou

Dialogia

 

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