dimanche, 17 décembre, 2017

Le droit de vote pour tous?

Tsipi Hotobelly a jeté un pavé dans la mare en s’exprimant au sujet des Juifs des Etats-Unis. Elle a ravivé un débat sur la place que doivent prendre les Juifs de l’extérieur sur le débat interne israélien.

Israël est bien le pays des Juifs. Toutes les prises de position des Juifs dans le monde sont-elles, de ce fait, légitimes? Et pourquoi ne pas accorder un droit de vote en Israël à tous les Juifs de Diaspora?

 

 

Photo by Yonatan Sindel/Flash90

Naftali Bennett

Ministre de l’Education et de la Diaspora

Israël est le pays des Juifs. Il existe un lien naturel entre les Juifs du monde entier et l’Etat d’Israël, même s’ils n’y habitent pas. C’est un lien vieux de 3800 ans! L’Etat d’Israël doit prendre ses responsabilités au regard des Juifs de Diaspora. C’est pour cela qu’Israël a mis en place des programmes comme Taglit, judaïsme sur les campus, et autres.

Bien entendu, il est souhaitable d’entendre la position des Juifs de Diaspora. Ceci étant, au moment où l’indépendance a été proclamée, les citoyens israéliens sont devenus les seuls détenteurs du droit de vote. La question que vous posez est complexe. Evidemment, celui qui vit ici, paie ses impôts et sert dans l’armée a naturellement le droit de voter. Cela n’empêche pas de réfléchir à une voie logique d’influence des Juifs du monde entier qui ne vivent pas en Israël.

 

 

Tsvika Klein

Journaliste pour le média israélien Nrg/Maariv

Je serais très heureux si les Juifs de Diaspora avaient des représentants à la Knesset mais en principe, ils devraient pouvoir faire entendre leur voix même sans droit de vote. Je pense que si nous sommes l’Etat du peuple juif, nous devons comprendre que nous ne sommes pas seuls ici, il y a des millions de Juifs dans le monde qui nous sont reliés pas uniquement historiquement mais aussi sur le plan du destin. Nous ne pouvons pas dire à la communauté américaine, la plus importante en dehors d’Israël, que nous ne voulons pas être en contact avec elle ni lui donner la possibilité d’avoir une influence en Israël, parce qu’une majorité est réformiste. Il s’agit de la communauté qui aide le plus à la pérennité de l’Etat d’Israël. D’accord, nous ne pouvons pas les laisser diriger le pays mais nous devons les écouter, les respecter et faire en sorte qu’ils se sentent chez eux ici.

Parallèlement, ils doivent aussi comprendre qu’ils sont là-bas et nous ici. De ce fait, on pourra toujours avoir une certaine hostilité de la part des Israéliens qui ont perdu des êtres chers à l’armée ou qui paient ici des impôts. Mais par-dessus tout, nous devons toujours avoir en tête que nous sommes un seul peuple.

 

 

Shmuel Trigano

Professeur émérite de l’Université de Paris

 

Les choses doivent être claires. Seuls les Juifs vivant en Israël sont des citoyens israéliens et ce sont eux seuls qui, sur le plan institutionnel, doivent se prononcer sur le devenir de l’Etat. Les Juifs de la Diaspora sont, quant à eux, des citoyens de leurs pays respectifs. Certes, le peuple juif est une instance supérieure à l’Etat d’Israël, en ce sens que cet Etat, dans sa raison d’être, confirmée par sa constitution, est un Etat juif.  Par contre, la « loi du retour » fait des Juifs diasporiques des citoyens potentiels d’Israël de sorte que les décisions d’Israël doivent prendre cette donnée en considération, sans pour autant nuire à sa continuité et sa sécurité.  Il y a des situations où l’intérêt politique de l’Etat d’Israël a une influence sur « l’image » des Juifs de la diaspora et leur condition dans des situations où ils sont l’objet de pression de l’opinion occidentale, de plus en plus hostile à l’idée même d’un Etat juif. Dans ce cas-là, les Juifs diasporiques doivent choisir entre leur « image » et l’intérêt de la survie d’Israël. C’est leur problème, pas celui d’Israël comme Etat souverain. Par contre, il y a des situations comme l’accès au Mur de différents mouvements synagogaux où la règle doit se soucier du plus grand nombre ( justement « le peuple juif » qui transcende toutes les obédiences) de façon à ce qu’aucun Juif ne se sente exclu. A partir de là commence un débat sur ce que doit être un Etat juif ou israélien et sur les conflits internes au peuple juif et à la nation israélienne, deux destins qui se séparent formellement et politiquement mais pas essentiellement. On ne peut pas accorder de droit de vote à ceux qui ne sont pas des citoyens, ce qui compliquerait par ailleurs la qualité de leur citoyenneté dans les pays où ils vivent. Le débat sur l’idée de « sénat » comportant des représentants diasporiques a donné à voir l’imbroglio juridique qu’une telle constitution entrainerait pour les diasporiques, devenus double citoyens. Il faudrait par contre revitaliser d’autres cadres comme l’Organisation sioniste mondiale et l’Agence juive qui sont devenus des bureaucraties inutiles, qui ne correspondent plus à ce qu’est devenu le peuple juif dans l’ère d’une souveraineté juive.
 

Photo by Yonatan Sindel/Flash90 

Rav Haïm Amsellem

Président Fondateur de Am Shalem

Nous ne pouvons que regretter le comportement de certains responsables rabbiniques envers les Juifs de Diaspora en général et des Etats-Unis en particulier. Par un manque de compréhension, un mépris, une atteinte à leurs particularités, ils les ont jetés dans les bras de structures en dehors de la Torah et de la religion, vers la Réforme et l’assimilation.

C’est ainsi que nous avons perdu des milliers voire des millions de Juifs et qu’au lieu de rapprocher les  »descendants d’Israël », nous les avons éloignés.

C’est aussi ce qui se passe en Europe et en particulier en France où la majorité des Juifs sont originaires d’Afrique du Nord. Au lieu d’adopter les décisions des Grands du Maroc, d’Algérie et de Tunisie, en convertissant suivant des règles souples, on a adopté les positions des rabbins formés dans les yeshivot ashkénazes. Cette approche est stricte. Or aujourd’hui, nous n’avons pas d’autre moyen de stopper l’hémorragie qu’en procédant à des conversions, et en modifiant fondamentalement cette approche. De nos jours, ceux qui se montrent stricts envers la conversion, favorisent de fait l’assimilation.

Les paroles blessantes envers les Juifs de Diaspora n’ont pas leur place dans le débat. Les Juifs des Etats-Unis ont, depuis la création de l’Etat, toujours été aux côtés d’Israël, et font des dons par milliards!

Le Premier ministre a eu raison en condamnant ces propos blessants qui contribuent à désintégrer le système et l’approche juive aux descendants de Juifs qui parfois ne le sont plus selon la hala’ha mais conservent une profonde conscience et identité juives.

Nous n’avons pas le droit de les repousser ou de les blesser, au contraire. Nous devons les entourer et les rapprocher. Il s’agit d’un des objectifs de nos Prophètes et de la vision du Rassemblement des exilés, et du retour des  »enfants d’Israël rejetés ».

 

 

 

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Commentaire

  • ixiane

    9 décembre 2017

    Pour l’instant , ISRAEL n’est pas un Etat JUIF il me semble ,ce n’est pas gravé dans la constitution ; Il ne serait pas normal qu’un musulman devienne 1er ministre ou même Président ; mais vu qu’ils ont un parti à la KNESSET et le droit de vote, actuellement ce serait possible , non ?? Eh bien , c’est effrayant !

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