dimanche, 24 septembre, 2017

C’est la fin de l’été…

Vous souvenez-vous de la chanson mélancolique qui accompagnait dans notre enfance la venue de l’automne et la rentrée des classes ?

Colchiques dans les prés fleurissent fleurissent

Colchiques dans les pres

C’est la fin de l’été…

La feuille d’automne

Emportée par le vent

En ronde monotone

Tombe en tourbillonnant…

Bien des années ont passé depuis. Nous sommes à Jérusalem et en ce mois d’Eloul, seules les heures de l’aube et du crépuscule font lever un vent de fraicheur. L’automne est ici plus bref et ne laisse guère au cœur et au corps le temps requis pour s’apprêter aux rigueurs de l’hiver. A défaut des feuilles d’automne, nous allons bientôt effeuiller les pages du Ma’hzor ou l’homme est décrit comme «  le foin desséché, la fleur fanée, l’ombre qui passe et le nuage qui se dissipe ». L’homme, tout gonflé de son importance et tellement absorbé par les tâches de la vie qu’il oublie de s’interroger sur son sens, est réduit à cette fleur fanée déposée entre les pages d’un livre. Notre vie urbaine nous a éloignés de toute considération pour la nature, qui pourtant ne cesse de se rappeler à nous, tant dans les catastrophes dites naturelles que dans le renouvellement des saisons. Car la nature n’est pas un objet inanimé comme ceux que nous fabriquons et jetons presqu’aussitôt, ou comme les œuvres d’art qui «  ont des yeux pour voir et ne voient pas. »

D.ieu n’a-t-Il pas dit à Noa’h après le Déluge (Berechit 8-22) : «  Encore tous les jours du monde, semence et récolte, froid et chaleur, été et hiver, jour et nuit ne cesseront pas. »

Le monde vibre et vit, son mouvement est incessant, du froid à la chaleur et vice-versa, du jour à la nuit et de l’obscurité à a la lumière. L’homme est nommé Adam, son corps a été prélevé de la poussière de la terre- Adama. Le cycle des saisons –Ma’hzor ha-onot-se reflète dans le cycle de nos prières- Ma’hzor ha-tefilot. Or que nous enseigne la Nature, sinon que toute l’œuvre du Créateur est vie et appel de la vie à un surcroit de vie ? A bien y réfléchir, toutes les prières du mois de Tichri ainsi que tout notre comportement prescrit pendant cette période de l’année par la Torah écrite et orale se ramènent à une série de mouvements.

Roch-hachana : nous accompagnons la lente montée d’Abraham et Itz’hak vers le Mont Moriah, vers ce lointain «  là-bas » où D.ieu se dissimule et fait entendre Sa voix. Cette montée est accompagnée par une descente au plus profond de nous-mêmes, comme si la montée vers le Très-Haut permettait cette descente vers le plus proche, qui n’est autre que la graine enfouie en nous d’où la vie a jailli et ne cesse de surgir. Ce recueillement en soi n’est-il pas l’écho du repli de la Nature sur elle-même à l’approche de l’hiver ?

Yom Kippour : tout au long de la prière de Moussaf, nous accompagnons le Cohen ha-gadol qui littéralement court d’une phase à l’autre de la Avoda- le parcours du coureur de fond…Après la descente en soi, c’est l’entrée dans l’intimité avec le principe même du renouveau et l’entrée dans la communauté des Justes et des pécheurs. L’apparent repli sur soi, dans les plis du Talit, prépare à l’ouverture à tous les autres, y compris les mécréants de Ninive.

Souccot : la marche lente et la course font place à la danse. Nous agitons le loulav aux quatre coins de l’univers, du lointain au proche. Nous sommes ainsi ramenés du Ciel à la Terre, dont nous sommes tous issus. Ce troisième mouvement, inscrivant la circularité de la vie dans le précaire espace de la Soucca, nous rappelle la fragile fraternité humaine bien oubliée dans le bruit et la fureur de nos conflits religieux, politiques et économiques. L’unité divine, proclamée tout au long de cette période automnale, exige, sur la Terre de notre commune origine, le rapprochement entre les humains qui consacrera l’éternel mouvement de la vie. La ronde monotone des feuilles d’automne peut aussi nous inviter à tourbillonner dans cette danse où toutes les mains se joignent et les cœurs battent à l’unisson.

N’est- ce pas d’ailleurs la sagesse populaire qui concluait le chant d’autrefois par les mots :

«   …et ce chant dans mon cœur murmure murmure

Et ce chant dans mon cœur

Appelle le bonheur… »

 

Rav Daniel Epstein

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