lundi, 23 octobre, 2017

Les 50 ans de la Guerre des Six Jours. Et après ? par Daniel Pipes

Le triomphe remporté par l’armée israélienne sur trois États ennemis en juin 1967 constitue la victoire militaire la plus retentissante de toute l’histoire. La Guerre des Six Jours a eu aussi des conséquences importantes pour le Moyen-Orient : elle a assuré la permanence de l’État juif, a porté un coup fatal au nationalisme panarabe et, paradoxalement, a dégradé la place d’Israël dans le monde en raison de l’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem.

Symbole de la victoire : Moshe Dayan (avec un cache-œil) devant le Mur des Lamentations à Jérusalem.

Concentrons-nous sur le dernier point : comment une victoire militaire spectaculaire a-t-elle pu engendrer des problèmes qui tourmentent aujourd’hui encore Israël ? Cette victoire a donné aux Israéliens un rôle qu’ils ne voulaient pas jouer mais auquel ils ne pouvaient échapper.

Tout d’abord, les Israéliens de gauche et les bien-pensants de l’étranger reprochent à tort au gouvernement israélien de ne pas faire suffisamment d’efforts pour quitter la Cisjordanie, comme si le fait de multiplier les efforts allait permettre de trouver un véritable partenaire pour la paix. À cet égard, les critiques font fi de la politique de rejet, cette attitude consistant à refuser d’accepter la moindre parcelle de sionisme et qui domine la politique palestinienne depuis un siècle. Son initiateur, Amin al-Husseini, a collaboré avec Hitler et a même joué un rôle-clé dans l’élaboration de la solution finale. La politique du rejet dont les manifestations récentes impliquent des mouvements « anti-normalisation » et BDS (boycott, désinvestissement et sanction) rend toute concession de la part d’Israël inutile, voire contreproductive étant donné que les Palestiniens ont pour seule réponse un regain d’hostilité et de violence.

Deuxièmement, Israël fait face à un casse-tête géographique et démographique en Cisjordanie. Alors que ses stratèges veulent contrôler les hauts plateaux, ses nationalistes bâtir des villes et ses religieux posséder les sanctuaires juifs, la domination exercée de façon ininterrompue par Israël sur une population de Cisjordanie de 1,7 million d’habitants, dont la plupart sont des Palestiniens arabophones et musulmans hostiles, coûte un prix énorme au pays, tant sur le plan interne qu’au niveau international. Les différents programmes mis en œuvre pour conserver les terres et neutraliser une population ennemie – en l’intégrant, en l’achetant, en la divisant, en la repoussant ou en lui trouvant un nouveau dirigeant – ont tous échoué.

Les Israéliens ont considérablement augmenté, tout en l’unifiant, la taille de Jérusalem (zone hachurée).

Troisièmement, en 1967, les Israéliens ont pris à Jérusalem trois mesures unilatérales qui ont créé de véritables bombes à retardement à savoir l’extension importante des frontières de la ville, l’annexion de celle-ci et l’octroi de la nationalité israélienne aux nouveaux résidents arabes de la ville. La combinaison de ces trois éléments a conduit sur le long terme à une compétition sur le plan démographique et du logement que les Palestiniens sont en passe de remporter mettant ainsi en péril le caractère juif de la capitale historique du peuple juif. Bien plus, 300.000 Arabes peuvent à tout moment choisir de prendre la nationalité israélienne.

À l’aune de ces problèmes, une question se pose : les dirigeants israéliens de 1967 auraient-ils pu prévoir les problèmes actuels et auraient-ils pu faire autrement à Jérusalem et en Cisjordanie ? Ils auraient pu :

  • Faire de la lutte contre la politique du rejet leur priorité majeure en en chassant inlassablement la moindre trace en Cisjordanie et à Jérusalem, en appliquant des sanctions sévères contre toute incitation dans ce sens et en déployant d’intenses efforts pour inculquer un comportement plus positif à l’égard d’Israël.
  • Inviter les autorités jordaniennes, maîtres de la Cisjordanie depuis 1949, à gérer les affaires internes de la région (mais pas celles de Jérusalem) et à ne laisser à l’armée israélienne que la charge de protéger les frontières et les populations juives.
  • Étendre les frontières de Jérusalem seulement à la vieille ville et aux zones inhabitées.
  • Réfléchir à toutes les conséquences de la construction de villes juives en Cisjordanie.

Mais que peuvent faire les Israéliens à présent ? La question de Jérusalem est relativement facile à résoudre. Étant donné que la plupart des résidents arabes de la ville n’ont pas encore obtenu la nationalité israélienne, le gouvernement israélien peut encore arrêter le processus en réduisant la taille de Jérusalem et en mettant fin à l’octroi de la nationalité israélienne à tous les habitants de la ville. Même si cela peut provoquer des troubles, il est impératif de s’attaquer au problème des logements illégaux.

Bâtiments construits illégalement dans le « camp pour réfugiés » de Shuafat, situé à l’intérieur des frontières de Jérusalem telles que tracées en 1967.

La question de la Cisjordanie sera plus difficile. Tant que la politique palestinienne du rejet sera la norme, Israël sera condamné à surveiller une population extrêmement hostile dont il n’osera pas abandonner le contrôle. Cette situation engendre un débat passionné et malsain parmi les Israéliens (rappelons-nous l’assassinat de Rabin) et nuit à l’image internationale du pays (pensons à la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU). Néanmoins, le retour aux « lignes d’Auschwitz » de 1949 et l’abandon de 400.000 résidents israéliens de Cisjordanie à la merci des Palestiniens ne sont évidemment pas une solution.

En lieu et place, Israël doit s’opposer à la politique de rejet des Palestiniens et la vaincre en convainquant les Palestiniens qu’Israël est un État permanent, que le rêve de l’éliminer est vain et qu’ils sont en train de se sacrifier pour rien. Israël peut atteindre ces objectifs en faisant de la victoire son but, en montrant aux Palestiniens que par leur attitude de rejet continuelle, ils ne s’attirent que la répression et l’échec. Le gouvernement américain peut aider, par son approbation, à cette entreprise de victoire d’Israël.

Car c’est seulement par la victoire que le triomphe retentissant de la Guerre des Six Jours en 1967 débouchera sur une solution durable consistant dans l’acceptation, par les Palestiniens, de la permanence de l’État juif.

 

Daniel Pipes

Source: http://fr.danielpipes.org/17682/les-50-ans-guerre-six-jours-et-apres

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Commentaire

  • Pierre LYS

    12 juin 2017

    Voila une personne qui devrait mieux apprendre l’histoire…Netanyhou n’a aucune qualite d’historien..par contre il utilise les memes processus de falsification que les dictatures telles celle des Nazis, et les regimes totalitaires….Il les envie certainement..Husseini n’a eu aucun role initiateur….Les Allemands sont plutot assez intelligents et n’ont pas eu besoin de lui…
    Je suis tres inquiet de cette tendance a la falsification en Israel…Cela va tres bien avec l’inculture qui se generalise..

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