dimanche, 24 septembre, 2017

11 septembre: seize ans de déni

Il y a 16 ans, quatre avions furent détournés par Al Qaïda. Deux s’écrasèrent sur les tours du World Trade Center, un sur le Pentagone. Le quatrième, qui visait probablement le Capitole, tomba loin de toute habitation en Pennsylvanie grâce à la révolte des passagers qui se soulevèrent contre les terroristes.

Et le déni commença, de trois sortes : déni de la réalité des faits à travers des explications « alternatives » relevant plus de la théorie du complot que de l’investigation sérieuse, déni des véritables responsabilités par le « padamalgam » et le « rienàvoirisme », et finalement déni de nos rapports réels avec les États-Unis, alliés stratégiques incertains mais ennemis économiques certains.

Gloubi-boulga du complot

Théories du complot, d’abord. Difficile de naviguer entre deux impératifs : éviter les explications fumeuses et partisanes, et garder à l’esprit que des complots bien réels existent ou ont existé. Il est devenu à la mode de tenter de disqualifier toute hypothèse gênante pour le pouvoir – politique et surtout médiatique – ou non conforme à son idéologie, en la traitant de « théorie du complot ». Hélas, en caractérisant de la même manière des affirmations proprement délirantes et des questionnements légitimes, on finit par donner une étrange crédibilité à des théories particulièrement malsaines.

Car il y a des cas avérés de mensonges d’Etat et de conspirations ! César n’est pas mort dans un accident, la Sainte-Vehme existait, l’amiral de Coligny n’est pas tombé par hasard de sa fenêtre, l’opération Mincemeat et les multiples composantes de l’opération Bodyguard sont bien réelles, le nuage radioactif de Tchernobyl ne s’est pas miraculeusement arrêté au-dessus du Rhin, et Colin Powell n’a pas toujours dit la vérité à l’ONU.

Pour autant, il n’est pas raisonnable de croire n’importe quoi sous prétexte que des choses incroyables se sont avérées réelles ! Tout ce qui est possible n’est pas pour autant probable, et même si l’improbable est possible il reste par définition hautement improbable, et ne se produit donc que très rarement, si même il se produit.

Méfions-nous aussi du fameux « cui prodest ? », à qui profite le crime ? Souvent mis en avant par les théoriciens du complot, ce raisonnement trop rapide oublie deux choses pourtant évidentes. Premièrement, il arrive souvent que des personnes ou des groupes fassent preuve d’esprit d’à-propos et, saisissant des opportunités, tirent profit de situations qu’ils n’ont pas provoquées. Deuxièmement, il arrive souvent, aussi, que des personnes ou des groupes soient surpris de certaines conséquences de leurs propres actions. Un plan se déroule rarement sans accroc, et parfois les choses ne se passent vraiment pas du tout comme prévu.

S’émanciper des mythes…

De plus, l’esprit critique que l’on applique à une explication qui ne nous convient pas doit aussi être appliqué, et avec une impitoyable rigueur, à une explication qui nous convient. Fiabilité des sources, fiabilité des preuves, rigueur du raisonnement, cohérence des explications proposées – cohérence interne de la théorie, évidemment, mais surtout cohérence avec l’ensemble des faits connus !

Enfin, c’est une erreur assez répandue de croire qu’on ne sait rien sous prétexte qu’on ne sait pas tout, comme de prétendre qu’on ne peut rien dire sous prétexte que l’on n’a pas de certitude absolue. Confusion, encore, entre la possibilité et la probabilité.

Dans le cas du 11 septembre, citons deux « faits » souvent avancés par les complotistes. D’abord, l’idée que la fameuse tour n°7 n’aurait pu s’effondrer comme elle l’a fait qu’à la suite d’une démolition volontaire. Outre les nombreuses études d’ingénieurs qui concluent que le scénario officiel est tout à fait crédible, l’hypothèse d’une destruction volontaire suppose un degré de coordination entre les pirates de l’air et les démolisseurs supposés, et une précision dans les impacts, telles qu’on ne voit pas pourquoi les « grands manipulateurs » supposés n’auraient pas plutôt fait percuter cette tour par l’un des deux avions.

Ensuite, le mythe récurrent des 4 000 juifs qui auraient été « comme par hasard » absents du World Trade Center le jour J. Sachant qu’un peu plus de 17 000 personnes travaillaient dans les tours au moment de l’impact, les complotistes supposent donc qu’un soudain absentéisme d’environ 20 % du personnel serait passé inaperçu ! Sans même parler de la possibilité de prévenir 4 000 personnes d’une alerte sans qu’il y ait de fuites, ce qui supposerait un degré de coordination, de discipline et de fiabilité relevant du fantasme, et sur lequel aucun stratège sérieux ne baserait la moindre opération. Sans oublier, bien sûr, les victimes juives des attentats dont la mort bien réelle dément cette théorie.

…pour mieux voir le déni

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Par Aurélien Marq

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